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Full text of "La protection doit nous sauver."

LA PROTECTION 

DOIT NOUS SAUVER 



-3- 



LA RUINE A L'INTERIEUR 

QUAND LA POKTUNE EST A LA PORTE 



LA PROTECTION DOIT NOUS SAUVER 

I. — LE TERRAIN DE LA PROCHAINE LUTTE. 



Les élections fédérales de 1878 
vont décider de l'avenir du Canada ; 
car il s'agit de savoir si nos indus- 
tries nationales doivent vivre ou 
périr. 

Pendant que no? manufactures 
et nos moulins se ferment et sont 
vendus par le shérif, le gouverne- 
ment MacKenzie qui peut les sau- 
ver par la protection, refuse aveu- 
glement d'agir. Il déclare même 
qu'il fera les élections sur ce prin- 
cipe. Voici comment M. Cart- 
wright, le ministre des finances, 
pose les conditions de la présente 
lutte dans son exposé financier : 

Maintenant, M. l'Orateur, sans vouloir 
soulever une discussion oiseuse, je crois 
qu'il est bon que la Chambre sache claire- 
ment, distinctement, qu'elle est cette ques- 
tion, et connaisse bien le contraste frappant 
qu'offrent notre politique et celle de nos- ad- 
versaires. Dans un discours qu'il a pronon- 
cé sur cette question, il y a quelques mois, 
rhonorabîe chef de l'Opposition s'est, ex- 
primé comme suit : *t 

, , i . — - • . , ; .J^ , ) I [ P i 

" Vous (les cultivateurs) qui, nans une 
" saison de stérilité, pourriez trouver une 
" compensation pour ces faibles récoltes 

dans lus prix plus élevés qu'elles vous 
" rapporteraient, vous vous trouvez déçus 
u dans votre espoir. Même le peu de pro- 
" duits que les tempêtes vous ont laissé se 



" trouve sans valeur lorsque les marchés 
" du Canada sont inondés par les produits 
" des Etats de l'Ouest Devons-nous souffrir 
" un pareil état de choses ? Ne devons-nous 
11 pas dire : le Canada aux Canadiens et pro- 
\ l tégeons nos marchés pour nous-mêmes ? Ne 
" devons-nous pas dire : si nous avoDs une 

pauvre récolte, qu'elle serve a nos eouoi- 
» toyens qui nous en donneront un prix 
» raisonnable ; si elle est abondante, ne 
£: nous contentons pas do nos seuls mar- 
" chés, allons aux lointains marchés euro- 
" péens, et disons aux Etats-Unis : 'Nous 

vous permettons d'apporter vos produits 
" sur nos marchés ; à votre tour, accordez- 
u nous le même privilège et laissez-nous 
" envoyer nos produits sur vos marchés.' 7 

Pour le moment mon intention n'est pas 
de commenter ni ce discours remarquable 
ni ces remarquables résolutions, mais Je 
vous faire remarquer qu'ils sont en absolue 
contradiction avec la politique de notre gou- 
vernement. 

Je dois ajouter que je ne crois pas qu'il 
serait sage, pour desraisons politiques — lors 
même que nous n'en aurions pas d'autres, 
— d'assimiler notre système à celui des Etats- 
Unis Je pense qu'une augmentation conside- 
raale de l'impôt entraverait sérieusement le vé- 
ritable progrès industriel et tendrait à détour- 
ner le peuple d'occupations moins productives. 
Il n'y a pas de doute qu'elle démoraliserait 
la classe commerciale et introduirait une 
vaste contrebande parmi grand no. V«~- de 
nos concitoyens. 

lime semble voir deux voies oiKerteë 
devant nous. L'une, celle que j'ai indi- 



qucc plus haut et que le gouvernement se encore des engagements dont nous riavons pas 

propose de suivre ; l'autre, — que j'espère calculé le prix, et d'imposer des taxes injustes 

bien ne pas voir adoptée, — de nous lancer dans V espoir de donner par là un faux stimu- 

encjbrè dans de folles entreprises, de contracter lant à la dépression actuelle. 

1 U wl i/j ui 1 n i A Pi l1. Kl 1 i^J^ JL 

IL — GOMMENT RETENIR TOUS LÉS ANS VINGT MILLIONS 
DANS LE PAYS. 



Tonte la question est de savoir 

si : 

Pour s'enrichir, il vaut mieux 
faire son ouvrage soi-même ou 
payer pour le faire exécuter. 

Nous avons besoin, pour notre 
subsistancè, d'une certaine quanti- 
té de produits importés, valant en 
moyenne $100,000,000 par année. 
Nous produisons, en revanche, des 
articles d'exportation qui nous rap- 
portent, disons $80,000,000. La 
balance réelle que nous avons à 
débourser tous les ans, déduction 
f ai î e de toutes fausses valeurs, est 
de $20,000,000. 

Voici le tableau de notre com- 
merce depuis 10 années : 

Import. Export. Déficit. 

^ $ $ 

1868.. 73,459,644 53,361,067 20,083,577 

1869... 70,415,165 50,618,980 13,796,185 

1870... 74,814,339 67,045,868 7,768,471 

1871 .. 96,092,971 64,320,585 31,772,380 

1872.. 111,430,527 69,894,538 41,534.989 

1873.. 128,011,281 80,384,012 47,627,269 

1874.. 128,213,582 78,787,832 49,475,750 

1875.. 123,070,283 70,749,660 52,320,623 

1871.. 93,210,346 73,731,474 19,478,872 

1877... 99,327,902 63,764,285 20,563,677 

Voilà notre grande et grave ma- 
ladie. Au heu de nous enrichir, 
nous nous appauvrissons tous les 
ans. Si les gouvernements et les 
grandes corporations n'importaient 
pus d'argent au moyen d'emprunts, 
le pays se viderait de numéraire 
avant deux ans. Mais cet approvi- 
sionnement factice ne peut nous 



assurer la prospérité. Les emprunts 
sont, parles intérêts qu'ils exigent, 
une nouvelle cause d'épuisement. 
Il faut ajouter tous les ans quelque 
chose comme $10,000,000 que nous 
avons à payer à l'étranger pour in- 
térêts, et si ce système continue, ii 
arrivera un moment où tout ce que 
nous possédons appartiendra aux 
étrangers, car notre pays ne pro- 
duit ni or ni argent pour rempla- 
cer celui qui s'en va. 

Pouvons -nous nous suffire à 
nous-mêmes ? Pouvons-nous im- 
porter moins et exporter plus ? 
Pouvons-nous fabriquer nous-mê- 
mes une certaine quantité d'arti- 
cles que nous achetons aujour- 
d'hui, de manière à retenir dans 
le pays les $20,000,000 que nous 
en faisons sortir ? Si nous le pou- 
vons, est-ce désirable ? Les 
libéraux disent que ce n'est 
pas désirable. Voilà Ja position 
absurde dans laquelle ils se sont 
mis. 

Maintenant,nous allons procéder 
sur certains articles de comm 1 rce 
pour établir qu'en pratique la pro- 
tection est possible, sans nuire au 
revenu d'un côté, et sans peser, de 
l'autre, sur le consommateur. Dans 
le tableau suivant se trouvent les 
principaux articles actaalte'ment 
importés et que nous pourrions 
produire. Avec un tarif de 33J p. 
100 sur ces objets, voici le résu.tat 
que nous aurions : 



Aie, bière 
et porter.. 

Beurre 

Fromage ... 

Suif 

Viandes. 
V i a 11 d e s 
conservées 
fcavon com- 
mun 

Empois — 
Whisk<y... 
Sucre fabri- 
qué 

Sucreries.... 
Balais et 

brosses 

Meubles 

Voitures..*.. 
Attelages- 
Harnais et 

sellerie 

Vais-selle. et 
poterie. '. . . 
Cordages ... 
Coton fabri 

qué 

M i r o i r s 
(étamage). 
Verre com- 
mun 

do do 

Bois scié.... 
tois manu- 
facturé 

Autre 

Locom o t i- 

ves 

Caoutchouc 
manufactu- 
ré 

Fourni r e s 
manufactu- 
rées 

Fer manu- 
facturé 

Chaussures 

Prelarts 

Machines à 
coudre 
Lainage et 

tweed 

Lin et 
chanvre.. . 

Orge 

Avoine 

Blé- d'Inde. 

Farine 

Farina de 
blé-d'inde 
Sel 

Totaux .... 

Diminu- 
tion de 
droits — 



Impor 

t a t i o n 
actuelle 



$ 170, 
41,290 
13,*- 25 
268,064 
1,090,509 

100,091 

3 ' ,491 
59,809 
127,500 

5,100,000 
71,713 

37,043 
283,4:^8 
9-,91S 
93,458 

47,443 

362.368 
29,517 

7,345,000 

59,996 

2^1,824 
411. «82 
110,616 

475,000 
666,000 

114,841 



260,000 



246,131 

2,759,000 
302,111 
152,885 

138,843 

9,000,000 

391,033 
187,141 
610,682 
4,259,54: 
8,0J0,U0(! 

878,001 
347,' 0( 



Droits* 

yj x. vi I/O 


Réduc- 
tion- 

proba- 
ble 
d'im- 

port a- 
tion. 


Droit 
de 33* 
p. 100. 


$ 39,161 

7,233 
2,455 
25 18? 
1^142 


$ 70,000 


$ 23,333 


17,520 






5,414 
17,989 
145,246 


60,000 


16,666 


2,209,000 
22 4il 






6,483 
49 620 
16ifi86 
16,3o~ 


En non 
25,000 
80 000 


16 666 
8.333 
10 000 


8,303 


20,000 


6,666 


63,418 
5,166 


150,000 


60,000 


1,285,500 


2,000,000 


666,666 


10,500 


20,000 


6,666 


49,320 
72,0-58 
19,359 


50,000 
150,000 


16,666 
50,000 


85,000 


100,000 
200,000 

50,000 


33,333 
66,666 

1-.666 


30,598 


40,000 


fin n n o 


on AAA 


43,074 


50,000 


16,603 


584,930 
52,872 
26,750 


1,000,000 
50,000 


333,333 
16,666 


24.298 






1,650,000 


4 J 000,GGC| 


l,333,3]3 



39,974,413 



6,661,117 
2,818,325 8,1, 

3,742,792! 



2,813,325 



Yoici la conséquence de ce re- 
maniement (te tarif. Au lieu d'im- 
porter pour $40,000,000, nous n'im- 
porterions que pour $8,000,000 d'u- 
ne certaine quantité d articles que 
nous pourrions appeler les articles 
de luxe de cette classe, tels que les 
belles indiennes, les draps et les ob- 
jets de fantaisie en fer. Les riches 
seuls auront à payer les $2,800,- 
000 de droits. Si nous fabriquons 
les trente-deux autres millions, la 
matière première nous coûterait 
à peine $12,000,000, peut-être 
moins. Nous voiià avec le tableau 
suivant : 

Importation actuel- 
le $40,000,000 

Moins : importation 
des mêmes arti- 
cles 8,000,000 



Moins pour matières 
premières 

Argent retenu dans 
le pays 



$32,000,000 
12,000,000 

$20,000,000 



Il restera un déficit de i 
792 dans le coffre public. 



,742,- 
Nous 

élèverions les droits sur les arti- 
cles de luxe proprement dits, tels 
que les suivants : 



Importation. 



Cigares «... 

Café , 

Brandy , 

Gin 

Rum 

Vins mousseux 

Parfumerie, savon dt 

luxe , 

Cartes à jouer 

Currants 

Raisin , 

Objets en ivoire.... , 



Valeur. 



173/i98 
320,000 
494,943 
174,563 
67,900 
89,85.7. 

27,000 

10,000 

]73,Oi;0 
401,000 
45,859 



Droits ac- 
tuels. 
Ad Valorem 
ou 17 £ 
47,924 
42,000 
355.888 
411,331 
185,413 

«.451 

7,000 
4.04? 
30,000 
70,318 
8,026 



Plumes et ornements ' 180,095 

Articles de couture. 685,259 

Dentelles G48,S58, 

Chapeaux de .soie . . . 

etc - .^648,484 

Obk-i s d'enfants 461,899 

Bijoux.. 'J 294,138 

Argenterie, ete 22 1,517 

Peinture et couleurs. 303,141 

Parasols 214,215 

«ère? • ; 4m 

bojerics, satins et 

velours 1,126,188 

Papeterie âis iuxe. . . 404,000 
Petits articles de 

iuxe 2,756,545 

Montres, etc 12 7,d50 

Tapis 698,319 

Pmitj...„.. 400,000 



31,517 
119,92 5 
113,553 

113,486 
80,833 
51,489 
38,759 
53,054 
37.448 
C 0,0 7 2 

197,085 
81.372 

482,470 
22,324 

122,206 
40,000 



$2,819,399 

Nous pouvons remanier le tarif 
do manière à doubler ces droits, 
car personne ne souffrirait d'un 
nouvel impôt sur les cigares im- 
portés, les bijoux, les soies, les co- 
gnacs, etc. Nous ferions de même 
sur les spiritueux, fabriqués dans 
le pays. Ces droits donnent au- 
jounfhui $2,050,000 ; on peut 
sans inconvénient les augmenter 
de 50 p. 100. 

Nous aurons donc en définitive 
le tableau suivant : 

Augmentation de droits 

sur articles de luxe .... $2,819,399 
Augmentation d'accise 

sur spiritueux 1,325,000 



$4,144,399 



Déficit à combler $3,742,795 

Marge,.. $ 401,601 

Conservation dans le pays d'un 
capital de $20,000,000 ! 

Sait -on ce que c'est que le capi 
tal annuel de $20,000,000 : 

2,000 manufacturiers gagnant 

$4,000 par année $ 8,000,000 

25,000 chefs de famille gagnant 

$10- par semaine*.. 12,000,000 

$20,000,000 

Imaginez maintenant quelle im- 
pulsion l'agriculture recevrait si 
nous avions subitement 27,000 fa 
milles, c'est-à-dire 150,000 bouches 
de plus dans le pa} r s ayant $20,- 
000,000 à dépenser par année. 

Qu'on nous dise si un seul 
consommateur souffrirait de ce 
tarif. Serait-ce le pauvre ? Mais 
les objets nécessaires à la vie ne 
ne sont pas augmentés d'une ma- 
nière factice et si les produits se 
vendent un peu plus cher, c'est 
que l'élévation des gages aura jus- 
tifié cette hausse ? Serait-ce le ri- 
che ? Mais il n'aura à payer à la 
douane que le montant qu'il paie 
aujourd'hui, tandis qu'il aura sa 
large part des $20,000,000 qui res- 
tent dans le pays. Serait-ce l'agri- 
culteur ? Mais il vendra tous ses 
produits plus cher. Il y a une 
chose certaine, c'est qu'à la fin de 
l'année, quels qu'aient pu être les 
prix, il y aura $20^000,000 de pins 
dans la population. 



III. — LES LIBÉRAUX REFUSENT CES BIENFAITS. 

(Du National du 7 Août.) 



Ce plan ne saurait faire de mal 
à personne. Eh ! bien, le National, 
l'organe des libéraux en Bas-Cana- 
da, le repousse dans les termes que 
nous soumettons .aux lecteurs. 
Ecoutez-le : 



Si la théorie de la Minerve valait 
quelque chose, l'Angleterre, aujourd'hui, 
le plus riche pays du monde, devrait 
être complètement ruinée. En effet la 
métropole a constamment contre elle la 



balance du commerce. En j 866, elle im- 
portait pour $295.^00,274, pendant qu'elle 
n'exportait que pour JE188/4 1 7,536. Cepen- 
dant il y a plus d'argent en Angleterre que 
jamais et c'est encore à Londres que s'ef- 
fectuent les plus gros emprunts. Loindé- 
tre un signe de décadence, le surplus des 
importations sur les exportations est, pour 
certains économistes réputés aussi forts 
que ceux de la Minerve, une marque de 
prospérité. La proportion du surplus des 
importations sur les exportations est alors 
considérée comme la proportion des profits 
faits. Ainsi ces économistes pensent qu'un 
homme qui ezporte du Canada pour $ 1,000 
de produits et qui importe pour $1,200 est 
vn homme, qui a fait $200 de bénéfice, et ils 
ne le croient pas plus pauvre parce qu'il 
avait au retour $200 de pius qu'il n'avait 
au départ. Pourtant, cet homme avait im- 
pertô plus qu'il n'avait exporté. Nous pen- 
sons comme eux ; c'est pourquoi nous 
croyons que le Canada, loin de perdre 
chaque année les $'20,000,000 dont la Mi- 
nerve parle, gague, au contraire, cette som- 
me et plus encore. 



eayer 



C'est à regret que nous consta- 
tons,chez les libéraux, le parti pris 



de fermer les yeux à 1 évidence. Le 
s . . \ .s souffre de mille misères et ils 
semblent se glorifier de leur im- 
puissance. Notre industrie est mor- 
te ; nos manufactures sont fermées, 
notre commerce est ruiné, et quand 
nous leur demandons ce qu'ils en- 
tendent faire pour nous tirer de là, 
ils nous répondent en souriant, en 
nous montrant une page de Bas- 
tiat, de McCuUoch ou de Stuart 
Mil! : " Voyez-vous, cet auteur 
prouve que nous sommes prospè- 
res. La balance du commerce étant 
contre nous, il est prouvé que nous 
sommes riches, car nous nous en- 
richissons de tout le surplus de 
marchandises importées par nous." 

Leur moyen de développer les 
ressources du pays ne va pas plus 
loin que cela. Ils n'ont rien à sug- 
gérer 



rien a promettre, rien à es- 
li faut laisser faire et nous 



laisser crever de faim jusqu'à ce 

quccà change par la grâce de Dieu. 



IV.— COMMENT NOUS SOMMES RUINES. 



I 

Est-il bien vrai qu'un homme 
qui va vendre à l'étranger pour 
SI, 000 et qui en revient avec d'au- 
tres marchandises valant $1,200 
s'est enrichi de $200 ? Oui, s'il n'a 
payé que $1,000 pour ces $1,200. 
Oui encore si ce surplus de $200 
de marchandises reste clans son ca 
pital pour lui aider à former de 
nouveaux produits. Mais non, s'il 
s'est endetté de $200 ou s'il a Mû 
débourser $200 pour importer ces 
produits et surtout si au lieu de les 
conserver dans son capital il a dû 
les consommer pour sa subsistance. 
Car alors il est clair qu'il s'est ap- 
pauvri de $200, puisqu'ils sont sor- 
tis de sa bourse et qu'il n'y a rien 
à la place. 

Y a-t-il longtemps que la balance 



du commerce est contre l'Angle- 
terre ? Seulement depuis 1853. 
Par un tableau que nous avons 
sous les yeux, il est établi que de 
1,7£0 à 1853, le surplus des exporta- 
tions sur les importations anglai- 
ses se monte à £600,000,000 stg. 
N'est-ce pas aussi dans cet espace 
de temps que l'Angleterre a accu- 
mulé cette immense quantité de 
capital qu'on lui connaît? Si ce 
surplus était un indice de pauvre- 
té, l'Angle terre n'aurait-elle pas 
été ruinée à jamais ? 

Du reste, le tableau du commer- 
ce anglais que donne le National, 
n'est pas complet. La moyenne 
de la balance de commerce contre 
l'Angleterre est à peine de £50,- 
000,000 par année et comme l'An- 



gleterre est dans une 'position à 
vendre ses produits aussi cher 
que possible, et à acheter les pro- 
duits étrangers aussi bon marché 
que possible, il est naturel de sup- 
poser que cette différence est com 
blée par un surplus de prix dans 
ses ventes. Avec £300,000,000 elle 
réussit réellement à acheter pour 
£350,000,000 parcequ'elle est ri- 
che, prospère et qu'elle attend son 
heure et son prix soit pour vendre 
soit pour acheter. 

Sommes-nous dans la même po- 
sition ? Qui oserait dire que oui. 
Nous n'avons point de capital ; 
nous sommes obligés de sacrifier 
nos produits et nous restons dans 
l'obligation d'acheter aux prix 
qu'il convient aux étrangers de 
nous vendre. 

Voici ies placements de fonds 
nue l'Angleterre a faits depuis 20 

années : 

Prêté aux gouvernements 
d'Europo, des Etats-Unis 
et des différents Etats et 

villes américaines $ 6,000,000,000 

Aux chemins de fer améri- 
cains 2,750,000,000 

A différentes villes de l'Eu- 
rope et de l'Amérique 

du Sud j 450,000,000 

Banques, télégraphes, com- 
pagnies d'assurance,docks 

etc., à l'étranger 150,000,000 

Chemina de fer étrangers. . 18,000,000 

Mines 45,000,000 

Au gouvernement de ses 

colonies 1,220,000,000 

Aux villes de ses colonies. 280,000,000 

Aux chemins de fer de ses 

colonies . 340,000,000 

Maisons de commerce an- 
glaises dans les différen- 
tes partie&dn, monde „^.. 200,000,000 

$11,053,000,000 



Moyenne d'intérêt 4 $ 44?,l2O,00A 

Profit par navigation....... 300,000,000 

Revenu annuel $ 712,120,000 

Balance du commerce 3 '10,0 00,000 

Gain annuel ... $382,120,000 

Voici la situation du Canada en 
comparaison : 

Emprunt des villes suivan- 
tes : Montréal, London, 
Ottawa, Québec, Trois- 
Kivières, Toronto, Winni- 
peg S 18,000:000. 

Chemins de fer 222,000, f > 

Emprunt de gouvernement. 182,000,000 

Capitaux de Trust et Loan, 
compagnies de prêt, ban- 
ques, assurances, navires 20,000,000 

$442,000,000 

Moyenne intérêt 2 0i0 $ 8,340,000 

Balance du commerce 15,000,000 

Fret, frais de change, etc. . . 8,000,000 

DÉBOURSÉS ANNUELS $31,800,000 

Nous supposons que les cinq au- 
tres millions de la balance du com- 
merce avec les autres pays est com- 
pensée par l'importation du capital 
des émigrants, des capitalistes, qui 
viennent faire des entreprises pri- 
vées, etc. 

Voilà la théorie du libre-échange 
et de la balance du commerce ex- 
pliquée en deux mots. 

L'Angleterre, malgré une balan- 
ce du commerce de $360,000,000 
contre elle, retire d'autres sources 
6742,120,000 par année. 

Le Canada qui a une balance de 
commerce de $15,000,000 par an- 
née contre lui, a pour toute com- 
pensation le privilège d'ajouter à 
ces déboursés $16,800,000 de plus. 

Yoilà pourquoi les uns sont si 
riches et les autres si pauvres. 

Voici les capitaux que nous 
avons fait venir par emprunt d'An- 
gleterre depuis vingt années : 



7 — 



nui Us no o*i! ii>Avi</ ! .noiJfisfr 

Villes : — London $ 350,000 

Montréal 10,^00,000 

« Ottawa 90^,000 

« Québec C.000,00 r ) 

f< TroiK-Rivières l?0,0f>0 

Toronto 4 ; 000,000 

tt Wirmipeg 250,000 

Chemins de fer : — 

Atlantic et St. Lawrence $ 7,000,000 

Canada Southern 1,000,000 

Grand-Tronc 150,000,000 

Great Western , 50 000,000 

Lévis et Kenehec 250.000 

Toronto, Grey à Bruce 2.000,000 

Divers 2.000.000 

Hudson à Annapolis 2,000,000 

l'.anque North British $ 5.000,000 

« Montréal 2.000,000 

Trust & Loan 6,000,000 

Divers 2,000,000 

Gouvernements 182,000,000 

Travaux gouvernement impé- 
rial, dépenses militaires en- 
tretien de régiments 40,000,000 

$552,920,000 

Voulez- vous savoir ce qui nous 
reste : 

Espèce en Banques $ 5,761,910 

Numéraire flottantes par tête) 32,000,000 

$37,761,910 

Il nous manque donc $515,000,- 
000 ou $26,000,000 par année, ce 
qui correspond à peu près avec le 
déficit que nous venons de consta- 

f}fa«»-' a a«*-jl .i..o . i t'ir- \ - ■■ . 

Mais afin qu'il ne s'élève plus de 
discussion a ce sujet, nous allons 
d'un seul tableau faire disparaître 
tous les cloutes et établir notre thè- 
se. L'Angleterre tient un compte 
fidèle des métaux précieux qu'elle 
exporte ou qu'elle importe. Ce ta- 
bleau, nous l'avons en notre pos- 
sessien : c'est celui de 1876. À la 
page 31 nous trouvons jes informa- 
tions suivantes : 



Total de l'or et 
l'argent ira. 
porté de l'A-- 
mérique An- 
glaise 

Exporté â l'A- 
mérique An- 
glaise 



1872 


1873 


1874 


1875 


£ 


£ 


£ 


£ 


68,519 


21,367 


19,029 


12,434 


2Ô.9J0 


206,200.24,000 


81,050 



£ 

14,228 



35,200 



Cela donnerait : 

Exportation $2,032,080 

Importation 653,649 

Balance expédiée au Canada $1,378.431 

A première vue, ce tableau sem- 
ble favorable à notre pays ; mais 
détrompez-vous. Co nbien devait- 
il venir de numéraire en Canada 
par les emprunts que nous avons 
faits ? En voici la liste : 



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Pavé en Canada pour fret 

étranger $ 32,000,000 

r ' | I .*U | f .'1 .'l j -j 

Total contre le Canada $105.243.983 

ÏToyi nue par année $26,310,996 

-y'.': { r. 'i l :t mx' W-J l ; 'y.w % ^ . . .o^h. a 

Ce tableau confirme la moyenne 
r!e $?6,000,C00 de déficit annuel 
qtie nous avons déjà établi, lesquels 
en vingt années forment les $515,- 
000.000 qui nous manquent. 

Quand notre pouvoir d'emprun- 
ter sera épuisé, — ce qui arrivera 
bientôt, — le pays se videra en deux 
ou trois années du peu de numé- 
raire qui nous reste. 

Où notre or est-il allé ? D'où il 
était venu : en Angleterre. 

Il y a donc libre-échange et li- 
bre-échange. Les gros s'en en- 
graissent, les petits en meurent. 

L'Angleterre est aujourd'hui 
dans la position d'un riche bour- 
geois qui se retire des affaires. Il 
calcule qu'ayant assez d'argent de 
prêté, il peut se dispenser de tra- 
vailler davantage. Il lui importe 
peu de renoncer à tel ou tel profil 
qu'il retirait en travaillant, attendu 
qui' après avoir déboursé pour vivre 
disons $4,000 par année, il lui re- 
vient encore de ses placements plus 
du double eu., intérêts. 

L'Angleterre, avait un intérêt 
immense à établir le libre-échan- 
ge. Maîtresse de l'industrie chez 
elle, elle la maîtrisait presque à 
l'étranger. Dans tous les pays du 
monde, nous dirions dans toutes 
les villes, elle a placé des capitaux, 
soit dans les banques, soit dans 
l'industrie, soit dans d'immenses 
maisons de commerce, soiLdans 
les chemins de fer, soit dans ïa na- 



vigation. L'Angleterre en est ren- 
due à ce degré de puissance qu'elle 
envoie ses propres hommes et ses 
propres capitaux manufacturer à 
l'étranger. La plus grande manu- 
facture de coton aux Kt.-Unis, celle 
de Cohoes, par exemple, appartient 
exclusivement à des Anglais. Que 
d'autres ne pourrions-nous Das ci- 
ter 1.7 Z . . .owwtwml ..f« U ~rf art j K 

Pour l'Angleterre, établir le li- 
bre-échange, c'est accélérer le 
mouvement des échanges et par 
conséquent doubler le profit des 
chemins de fer et de la navigation, 
dans lesquels elle a de puissants 
intérêts. Elle en est rendue à un 
point où il lui importe peu qu'elle 
achète ses articles dans la Grande- 
Bretagne même ou dans les pays 
étrangers, puisque, dan s l'un corn 
me dans l'autre c:is,ils Woniïënt en 
grande partie d'un fabricant an- 
glais. Dans presque toutes les iriiles 
du monde, les grands banque ' s 
sont des Anglais. L'Amérique du 
Sud est toute entre leurs mains. 
W i»*V- £ •• *»"Bjwtf 1,9 

Du moment que l'Angleterre a 
compris que son territoire était 
trop restreint pour son immense 
accumulation de capitaux, elle a 
voulu prendre l'univers même pour 
le siège futur de ses opérations ; 
elle était forcée de le faire, parce 
que si elle les eut tenus captifs 
dans ses limites, ils auraient Çui 
par se dévorer eritréux dans*uu : 
concurrencé effrénée, vu l'impossi- 
bilité de trouver des rendements 
aVarfti^ù£. c 

Ce système n'a qu'un iece-nvé- 
nient. " Par le libre-écliange. l'An- 
gleterre a, déplacé, le champ du 
travail. Gè qui se faisait chez elle 
se fabrique maintenant à Tétrau- 



ger ; c'est à l'étranger que ses ou- 
vriers devront aller chercher de 
l'ouvrage. Les capitalistes feront 
également fortune en Angleterre 
avec le libre-échange, les ouvriers 
périront. Une fois la boule du 
capital bien formée, elle se gros- 
sit rapidement ; mais malheur aux 
atomes, aux particules de toutes 
sortes qui se trouvent sur son che- 
min ; sa force d'adhérence est de- 
venue irrésistible, elle balaiera 
tout sur son passage : et les bras 
et les petites bourses. Ceux qui ob- 
servent l'effet que le libre-échange 
a produit sur les classes pauvres, 
s'éliraient de ses résultats. De mê- 
me que ceux qui regardent en haut 
ne voient que la prospérité ; de 
môme ceux qui regardent en bas 
ne voient que l'accroissement du 
paupérisme. Pour ceux-ci le libre- 
échange est une triste institution. 
Ecoutez les plaintes d'un Lord An- 
glais, homme politique important, 
Lord Bateman. Voici ce qu'il écri- 
vait au Times, le U novembre : 

Nous ne pouvons fermer nos yeux à 
cette stagnation universelle du commerce 
et à la détresse qui l'accompagne, que ce 
soit le commerce minier, maritime, agri- 
cole, dè trausportjOU le' commerce en géné- 
ral. D'un bout à l'autre du pays le cri de 
dépression, de détresse et de ruine, est le 
même. Nous avons à lutter dans des con- 
ditions désavantageuses, avec les pays 
étrangers, qui nous volent nos profits, ne 
paient rien à notre revenu et vendent en 
même temps à meilleur marché que nous 
ne pouvons le faire. Lorsque le capitalis- 
te s'aperçoit que son commerce ne le paie 
plus et que ses profits sont réduits au mi- 
nimum il s'ensuit que les ouvriers qui dé- 
pendent de lui doivent souffrir dans la 
même proportion et comme conséquents, le 
taux des salaires doit diminuer, ou le travail 
doit cesser^ — les grèves, la fermeture des manu- 
factures, et une détresse pénible et imméritée 
sont les résultats inévitables. Admettons 
que la théorie d'un commerce libre et sans 
restrictions avec tous les pays du monde, 



est aussi hardie qu'elle est magnifique. 
Admettons que l'idée, quel qu'ait été celui 
qui Ta lancée, (idée qui n'a jamais été dé- 
fendue avec plus de consistence que par no- 
tre bon et sage prince Consort),est à la fois 
grande et glorieuse ^dans sa conception. 
Admettons que de hu donner effet a été le 
but ainsi que la politique depuis long- 
temps acceptée des gouvernements succes- 
sifs, il ne peut être nié que l'obstacle oppo- 
sé par le défaut de réciprocité, a depuis le 
commencement entravé nos efforts philan- 
tropiques, et nous oblige maintenant à 
confesser après un essai de, trente ans, qu'en 
pratique notre libre-échange n'offre malheu- 
reusement d'avantages que pour les pays 
étrangers ; et que, tandis que nous ouvrons 
nos ports au commerce et aux manufactu- 
res du monde entier, librement et sans 
restrictions, les autres pays, sans nous con- 
férer des avantages réciproques, profitant 
sans scrupule de notre libéralité magnani- 
me mais désastreuse (parce qu'elle n'est 
pas réciproque.) 

Il est inutile d'éluder la question. Les 
faits parlent par eux-mêmes. En dépit de 
tous les arguments et de toute la persua- 
sion, pour ne pas dire les sollicitations, sur 
le sujet, ces faits demeurent dans toute 
leur triste réalité. Nos propositions aux 
autres pays ne sont pas reçues ; nos traités 
de commerce ne sont -pas renouvelés ; no- 
tre propre commerce est dans une condi- 
tion stagnante et peu profitable ; nos ex- 
portations montrent un déficit regrettable, 
alarmant et toujours croissant ; notre reve- 
| nu est affecté ; et, ce qu'il y a de pis, il n'y 
a pas un seul pays en Eurbpe en commençant 
par la France et V Allemagne et finissant par 
V Espagne et la Suisse, (pour ne rien dire des 
Etats-Unis d'Amérique et de nos propres 
colonies australiennes) quon, puisse persua- 
der par les tentations le% plus spécieuses, à 
suivre notre exemple d'importations en fran- 
chise, en ouvrant ses ports au commerce de la 
Grande Bretagne et de l'univers san3 la res- 
treindre par des sauvegardes sous forme de 
droits imposés pour protéger ses propres 
industries indigènes 

Nous avons essayé le libre-échange et il 
a été trouvé en défaut. Nous avons fait de 
notre mieux pour convaincre les autres 
pays que notre politique est raisonnable, et 
en retour ils se moquent de notre aveugle- 
ment et font la sourde-oreille à nos remon- 
trances. En même temps la ruine partielle, 
la dépression générale et la détresse mus me- 



— 10 — 



nacent. Nos charges locales augmentent 
et nos exportations diminuent. Nos clas- 
ses ouvrières s'agitent et déclarent la guerre 
ouverte au capital dans V intérêt de la cause 
des travailleurs ; elles sont mécontentes parce 
qu'elles ne peuvent décyivrir la cause réelle de 
la crise 'dont elles souffrent, demandant à 
grands cris de pouvoir participer dans des 
profits qu'on pourrait presque qualifier d'illu- 
soires, et, cependant incapables de se ren- 
dre compte de l'hésitation, de l'impossibili- 
té où- se trouvent les patrons d'accéder à ce 
qu'elles considèrent comme leurs justes 
demandes et rien de plus. 

Pourquoi persisterions-nous dans cette 
croisade utopiste ? Pourquoi avons-nous 
coupé les "amarres qui nous retenaient à 
l'ancre, et avons-nous lancé notre bon na- 
vire sur un torrent perfide qui nous entraî- 
ne malgré nos efforts vers un naufrage im- 
minent. Au nom du Ciel, si nous sommes 
engagés dans une voie périlleuse, arrêtons-nous 
tandis qu'il est encore temps. N'allons pas, 
pour l'amour d'une théorie à la Don Qui- 
chotte, fermer nos yeux au fait que notie 
commerce nous échappe, que la ruine 
nous menace, et que nous sacrifions nos 
meilleurs et nos plus chers intérêts à une 
idée inacceptable. 

Il y a des indices que le flot de l'opinion 
publique subit un changement graduel, et 
par conséquent convaincant. Je le salue 
avec satisfaction. Après tout, l'argument 
qui touche de plus près à la boiiçse de cha- 
cun, est le plus concluant et vaut toutes 
les théories et toutes les conférences de 
tous les économistes politiques du monde 
entier. 

Ces lignes éloquentes feront-elles 
quelqiTeffet sur les chefs libéraux ; 
nous en doutons ; mais elles seront 
comprises des électeurs, c'est l'es- 
sentiel. 

Si le National s'occupait plus des 
intérêts du Canada, il serait forcé 
de modifier ses théories sur la ba- 
lance du commerce et c'est l'un de 
ses chefs Stuart MM, grand parti- 
san du Libre-Echange et de la ba- 
lance du commerce qui dit : "Dans 
les pays pauvres, le législateur a 
besoin de prendre grand soin des 



capitaux du pays ; il ne doit y tou- 
cher qu'avec de grandes précau- 
tions et il doit favoriser leur accu- 
mulation à l'intérieur et leur ex- 
portation au dehors. Vol. II, p. 
296." 

Ce même auteur, qui est cent 
fois plus fort contre la protection 
que M. Cartwright et les libéraux, 
lesquels ne sont que ses disciples, 
est obligé de contredire sa thèse 
quand il parle des pays jeunes et 
pauvres comme est le Canada. 
Voici ce qu'il dit à la page 492 du 
2nd vol., version française : 

Le seul cas dans lequel les droits protec- 
teurs puissent être soutenus, d'après les 
simples principes de l'économie politique, 
est celui dans lequel ils sont établis tem- 
porairement, surtout chez un peuple jeune 
et qui grandit, dans l'espoir de naturaliser 
une industrie étrangère qui par elle-même 
convient aux conditions dans lesquelles le 
pays se tiouve. Souvent la supériorité d'un 
pays sur l'autre, dans une branche d'indus- 
trie, tient tout simplement à ce que le premier 
a commencé plus tôt. Il se peut qu'il n'y ait 
aucun avantage naturel d'un côté, aucun 
désavantage de l'autre, mais seulement une 
supériorité actuelle d'hëtbi'eté et d'expérience. 
Un pays qui a cette habileté, mais qui 
manque d'expérience, peut, sous d'autres 
rapports, être mieux placé pour la produc- 
tion que le pays qui* a commencé le pre- 
mier. D'ailleurs, comme l'ajustement re- 
marqué M. Eae, dans toute branche de pro- 
duction, rien n'encouiageait mieux le pro- 
grès qu'un changement dans les conditions 
où elle se développe. Mais on ne peut pas 
s'attendre à ce que des particuliers introdiu- 
sent à leur risques, ou plutôt avec la certitude 
de perdre, une nouvelle industrie dans un pat/s, 
et supportent les charges auxquelles il faut 
se soumettre pour la soutenir jusqu'à te 
que les producteurs se soient élevés au ni- 
veau de ceux qui fabriquent par tradition. 

US DROIT PROTECTEUR MAINTENU PENDANT UNE 
PÉKIODE DE TEMPS RAISONNABLE, EST SOU- 
VENT L'IMPOT LE, PLUS CONVENABLE QU'UNE NA- 
TION PUISSE ÉTABLIR SUR ELLE-MEME POUR SOU- 
TENIR une expérience de ce genre. (Princi- 
pes d'Kconomie Politique Vol. p. 49'J, 
version française.) 



Qu'on nous permettre de nous I sur cette question, qui est notre 
étendre un peu plus longuement I seule planche de salut.. 



V —QU'EST-CE QUE LA PROTECTION ? 



Pour les pays grands et forts, le 
libre-échange est une bonne chose, 
de la même manière que la liberté 
est grandement désirable pour 
l'homme fait et que l'exercice et la 
fatigue sont parfois nécessaires 
aux constitutions robustes. Don- 
nez cette même liberté à l'enfant, 
faites voyager violemment un con- 
valescent, vous les vouez à une 
perte assurée. Prenez un ma- 
lade obligé de gagner sa vie et qui 
ne peut guère travailler, il pro- 
duira péniblement pour quelques 
sous par jour ; mais il lui faut 
pour vivre d'autres produits valant 
le double de ce qu'il a pu gagner. 
Croyez-vous que cet homme s'en- 
richira ? Pour combler les défi- 
cits qui s'opèrent tous les jours 
dans sa caisse, il empruntera jus- 
qu'à ce que tous ses biens soient 
enveloppés par les créanciers. 

Le Canada se trouve dans cette 
position ; son industrie est dans 
l'enfance et sans capitaux ; corn 
ment voulez- vous la mettre en con- 
currence avec des industries qui 
vivent depuis cent ans er, qui sont 
appuyées sur une accumulation 
de capitaux inépuisables ? Prenez 
une grande fabrique anglaise qui 
s'est transmise do père en fils. 
Pour le propriétaire actuel, cette 
fabrique ne lui coûte aucun sacri- 



fice ; elle ne lui a causé aucun dé- 
boursé. Il n'y a point mis de ca- 
pital. Par conséquent, il est moins 
sensible au rendement qu'un indi- 
vidu qui a app'iquô dans la fabri- 
que d'à coté, ou ses faibles écono- 
mies ou le crédit dont il jouit. 
Pour le premier, tout rendement 
est un profit ; pour le second, le 
profit ne vient qu'après avoir dé- 
duit les intérêts et autres charges 
qui pèsent toujours sur le petit ca- 
pitaliste. Puis,ia vieille fabrique asa 
clientèle toute faite; elle a un nom 
à elle, un prestige qui sont en eux- 
mêmes une protection. Le capri- 
ce du consommateur est ainsi fait 
que sms savoir pourquoi, si ce 
n'est que c'est un produit'tyu'il en- 
tend vanter depuis son en fanée, il 
préférera payer plus cher pour ce 
produit renommé que pour un au- 
tre meilleur qu'il connaît moins. 
Enlin, les vieilles fabriques ont 
une autre protection dans la suc- 
cession d'ouvriers qui grandissent 
dans ce milieu. Un homme qui a 
travaillé pendant quarante ans 
dans 1 une spécialité acquiert une 
dextérité, nu coup d'œil, un tact 
qui tiennent quelquefois du mer- 
veilleux. Cette habileté se transmet 
dans les familles comme un secret 
d'atelier ; le père jaloux le mon- 
trera à 'son enfant, mais à nul au- 



— 12 — 



tre. Et voilà une fabrique qui se 
rit de toutes les concurrences et 
de tous les tarifs, parcequ'elle a sa 
protection en elle-même. 

Maintenant, placez dans de telles 
conditions une de ces fabriques 
dans un pays riche, prospère, for- 
tement peuplé. Mettez la fabrique 
nouvelle qui r'a ni capitaux, ni 
ouvriers, ni traditions, ni prestige, 
ni clienls dans un pays pauvre et 
peu peuplé et mettez-les en concur 
rence. La grande fabrique manu- 
facture pour des millions desti- 
nés à des clients riches et payant 
bien ; la petite fabrique pro- 
duit seulement pour des mil* 
liems destinés à un public limité. 
Comme il est reconnu que le prix 
de revient diminue en raison de la 
quantité, la grande fabrique pourra 
vendre le même article à meilleur 
marché que la petite. S'il lui plaît 
même de la tuer, elle peut inonder 
le pays pauvre d'articles au prix 
coûtant, ayant son profit dans son 
propre pays avec ses vieux clients. 
Nous prions les libéraux de nous 
dire si la petite fabrique pourra, 
dans ces conditions, tenir un seul 
jour contre sa puissante rivale. 

Sans ajoute que pour le grand, 
pays qui ramasse des capitaux de 
puis cent ans, le libre-échange est 
une belle chose ; cela lui permet 
de tuer les manufactures partout 
ailleurs. Il est dans le cas de 
l'homme riche qui commande des 
capitaux ; il voudrait avoir la li- 
berté de faire mettre toutes les 
propriétés d'une ville à l'enchère, 
payables argent comptant ; il aurait 
la chance de les acheter toutes, car 
les pauvres gens ne pourraient lui 
faire concurrence. 

Si vous voulez qu'une jeune in- 
dustrie prospère dans un jeune 
pays, il faut lui donner la protec- 



tion que vous donnez à l'enfant qui 
commence à marcher. Vous entou- 
rez celui-ci de mille soins ; les gar- 
diens et les lisières ne lui man- 
quent pas, choses qu'un adolescent 
trouverait ridicules et nuisibles. 
L'Angleterre n'a trouvé le libre- 
échange commode que lorsqu'elle 
s'est vue la maîtresse commerciale 
du monde. Jusqu'en 1840, elle 
jouissait d'un tarif protecteur ; 
cette protection, on le sait, allait 
jusqu'à la tyrannie ; et c'est sous 
ce régime qu'elle obtint la riches- 
se colossale dont elle jouit aujour- 
d'hui. 

La chose est facile à comprendre. 
Il faut produire, c'est-à-dire gagner 
autant qu'on veut dépenser. Ainsi 
quand un pays veut faire venir des 
produits de l'étranger il faut, qu'il 
soUsen état de lui envoyer une uns 
me quantité de produits. La base de 
la prospérité nationale est donc la 
production. Ceux qui commencent 
par acheter sans s'occuper s'ils 
produiront commencent l'édi fice 
par le soin Jiet. Il est évident que 
l'importation, c'est-à-dire ce qu'on 
achète, peut s'établir au détriment 
de celui qui produit dans le pays. 
Et dans ce cas, leseul remède 
pour un pays, c'est de fabriquer 
lui-même ce quand il n'a plus 
les moyens d'importer, c'est de 
se suffire à lui-même au delà de 
ce qu'il ne peut obtenir par échan- 
ge de produits. Les marques de 
prospérité dans un pays ne sont 
rien autre chose que l'abondance 
de ses produits. Le pays le plus 
riche n'est pas celui qui échange 
beaucoup de produits avec les au- 
tres pays, c'est celui qui échange 
le plus de produits les uns contre 
les autres dans ses propres limites. 

Où allons-nous en Canada avec 
ces doctrines? Ne suivons-nous 



— 13 — 



pas une route diamétralement op 
posée à celle qu'indiquent les éco- 
nomistes favoris du National, Si 
le Français peut acheter dix fois 
plus de choses que du temps de 
Charles VI, dit ,1. Bte. Say, c'est 
qu'il produit dix fois plus." Par 
le même principe, moins un pays 
produira, moins il pourra acheter. 
Si nous étions dans une position à 
n'importer que les articles que 
i Y a 1 1 1 1 "c s p a y s p r o d u i se n t pl u s f a c i le- 
ment, quenous,afm d'appliquer tou- 
te notre énergie à fabriquer ceux 
que nous sommes en meilleur éta- 
de fabriquer, la position serait tout 
te naturelle, mais le fait -jst 
qu'aujourd'hui nous importons de 
Foi ranger non pas pour nous 
aider à produire, mais pré- 
cisément pour nous empêcher 
de produire nous-mêmes. Nous 



n'importons pas pour ména- 
ger nos forces ; nous importons 
pour les paralyser. Tandis que 
nous allons acheter le travail des 
étrangers, nous laissons nos pro- 
pres travailleurs dans le désœuvre- 
ment. Pour chaque piastre que 
nous envoyons à l'étranger nous 
perdons une autre piastre clans le 
pays en forçant l'ouvrier qui au- 
rait pu fabriquer ce même produit 
à rester inactif tandis que le pro- 
duit de cette piastre exportée est 
lui-même anéanti par le consom- 
mateur inactif, qui ne peut pro- 
duire mais qui doit manger 
tout de mêmé. 

'Nous n'osons pas croire que 
les libéraux comprennent la por- 
tée de leurs doctrines ; car ils se- 
raient alors coupables d'un crime 
épouvantable. 



VI. — TÉMOIGNAGE DES LIBERAUX 
DE LA PROTECTION. 



EN 



FAVEUR 

.<>l >ihn 



Avant (|iie les libéraux fussent 
sous le coup du fouet de M. Mac- 
Kenzie, ils comprenaient ces choses 
comme nous. On les a vus même 
réclamer la protection à grands 
cris dans un temps où elle 
é Lai l, mille, (bis moins nécessaire 
qu'a jourd'hui. Lorsqu'ils disaient 
partout : k ' On ne protège pas assez 
l'industrie nationale", notre pro- 
v.uce était dans une ère de prospé- 
riié incomparable. Partout s'éle- 
vnieut de nouvelles manufactures 
qui ne craignaient pas alors la con- 
currence américaine. Alors nos voi- 
sins souffraient encore des consé- 
quences rie la guerre ; le prix de 
la main-d'œuvre éi ait très élevé et 
leurs manufactures ne pouvaient 
pas lutter ici avec avantage contre 
les nôtres. Cependant, c'est ce mo- 



ment que le parti libéral avait choi- 
si pour demander la protection ! 

Aujourd'hui que les manufactu- 
riers américains ont résolu de pro- 
fiter de la différence des tarifs pour 
écraser nos manufactures ; main- 
tenant que les Américains, pour 
réaliser leur projet, vendent meil- 
leur marché ici que chez eux. les 
rouges se convertissent au libre- 
échange Quel parti ! Et l'on 

appelle cela des hommes politiques, 
voire même des hommes d'état ! 
Nous avons souvent affirmé que le 
parti national avait abandonné le 
premier article de son programme, 
il a nié la chose. Nous sommes 
en mesure de le prouver par le té- 
moignage de leur chef, M. Joly. 
En 1876, le premier ministre actuel 
fut prié par un comité de laGham- 



— 1 



4 — 



bre des Communes de faire con- 
naître ses vues snr la protection. 
M. Joly se rendant au désir du co- 
mité, accompagnait sontravaii de 
la lettre qui suit : 

Québec, 24 Mars, 1876. 
G. T. Orton, Président du comité. 

.mpnçÙët .b<>cùur > /O/lJ > 8f Qi 

Je n'ai reçu qu'aujourd'hui une copie im- 
primée des questions de votre comité, aux 
travaux duquel je m'intéresse vivement, et 
je m'empresse de vous transmettre mes ré- 
ponses. Je crains qu'elles vous paraissent 
longues, mais je dois dire que j'éprouve 
quelque satisfaction à exprimer mes vues 
sur le sujet, quelque soit leur poids. 

C'est une espèce de protêt contre V accusa- 
tion d'inconséquence qui a été lancée à mon 
adresse pendant la présente session dans la 
Chambre des Communes et dans la presse, 
d'avoir abandonné le principal article du 
programme de notre parti national. Nous 
demandons pardessus tout, une politique 
nationale commerciale. Mes amis ayant été 
pris à partie, parcequ'ils l'ont abandonné, 
j'ai été choisi comme chef du parti natio- 
nal, mais je n'ai pas abandonné, moi, cet 
article. 

Si j'ai bonne mémoire, vous m'avez aidé 
en 1873 à obtenir l'exemption de droits 
pour la manufacture de sucre de betterave, 
et j'espère que vous approuverez mes vues 
sur la présente question. 

J'ai i'honneur, etc., 

•ifioq «li-ijàij r.ob m«m. !<.'■<■ «< <W -«fHttjj 
Voici maintenant quelques ré- 
ponses de M. Joly aux questions 
posées par le comité des intérêts 
agricoles à ceux qu'il consultait 
sur la situation du pays. Nous en- 
gageons les libéraux à méditer ces 
opinions de leur chef. 

•' Question. — Est-il de l'intérêt du Cana- 
da que nous continuions a. recevoir sans 
droits les produits américains pendant que 
les produits canadiens exportés au-delà des 
lignes paient une taxe si élevée ? 

Réponse. — Non, ce n'est pas dans l'inté- 
rêt du pays. Je pense que nous ne de- 
vrions rien admettre en franchise si ce h est 
la matière première requise pour nos manu- 
factures!»* > 9*> àJluIOl! n i ih ; . ; ; ; w 



Q. — Quel effet a l'admission en franchise 
du blé d'Inde sur le prix de tous les grains 
(excepté le blé) dans la partie du pays que 
vous habitez ? 

R. — Cela nous affecte peu, parce que 
malheureusement nous ne produisons 
qu'un peu plus que ce qui nous est néces- 
saire, mais il me semble que partout où le 
cultivateur prodirit ce qui est nécessaire à 
son usage, il doit souffrir de la compétion. 
Il est vrai que les acheteurs parmi lesquels 
les manufacturiers et les ouvriers de- 
vraient figurer dans une large proportion, 
peuvent acheter à un peu meilleur marché, 
mais comme conséquence naturelle, ils de- 
vront vendre leurs marchandises à meil- 
leur marché aux cultivateurs, dont les 
moyens d'acheter ont diminué. Ce n'est 
pas en diminuant le prix de tout que nous 
arriverons à la richesse nationale. Plus 
nous payons, le mieux pour nous, pourvu 
que nos moyens de payer augmentent avec 
les prix. Demandez à un ouvrier ce qu'il 
pré/ère des deux choses., la farine à $4.50 par 
quart et pas d'ouvrage, où la farine à $G et 
beaucoup d'ouvrage ? L'agriculture et l'in- 
dustrie sont chose excellente lors- 
qu'elles vont de pair ; c'est une voiture 
tirée par deux bons chevaux. Divisez-les 
et vous avez une voiture à un cheval, ou 
plutôt deux qui ne feront rien de compa- 
rable à l'ouvrage de la voiture à deux che- 
vaux. 

Maintenant, écoutez ce que dit 
M. Joly du tabac canadien : 

Quant & ce qui concerne le tabac, la 
taxe sur le tabac canadien ne donne qu'un 
faible revenu, tandis qu'elle on gêne la 
culture. Elle devrait être abolie et la taxe 
sur le tabac étranger augmentée. Nous 
pouvons produire d'excellents tabac en 
Canada. Je ne vois pas pourquoi il serait 
inférieur à celui du Connecticut ou du 
Kentucky. Ce qu'il nous faut, c'est de 
l'expérience qui ne peut être acquise que 
par la pratique et personne ne cultivera 
beaucoup de tabac avec la taxe ac- 
tuelle. 

Q. — Pensez-vous que l'admission sur les 
marchés canadiens des bêtes à cornes, che- 
vaux et moutons avec un droit de 10 par 
100, tandis que les Etats-Unis imposent 
un droit de 80 p. 150 sur ces animaux ex- 
portés du Canada chez eux, nuise aux cul- 



ïivateurs canadiens, et ïecommanderiez- 
vous d'imposer un droit semblable à celui 
des Etats-Unis ? 

MM. Laurier, Prévost, Jette, Ri- 
chard, etc., ont parlé jadis dans le 
même sens que M. Joly. 

Les deux principaux journalistes 
rouges de l'époque, les seuls jour- 
nalistes sérieux que le parti libéral 
ait compté dans ses rangs, MM. 
Beausoleil et David, étaient des 
protectionnistes avancés. Le pre- 
mier n'a-t-il pas dit dans sa bro- 
chure : Réforme du tarif canadi< n. 
Le gouvernement doit prohiber Vim- 
pertation de tous les objets de man u- 
factures étrangères qui pourront être 
fabriqués dans le pays. Jamais nous 
ne sommes allés aussi loin. M. 
•David s'est exprimé avec non moins 
d'énergie. Leurs orateurs ont par- 
lé comme eux, et voilà les hommes 
qui sont devenus liore échangistes. 
MM. Jette, Devlin, Gharlton, qui 
avaient, les années précédentes, 
moIq pour nous donner la protec- 
tion, se sont démentis cette année. 
Comment compter sur des hommes 
qui, à la voix d'un chef, sacrifient 
leurs principes du jour au lende- 
main.?!! r» : ■ il v.bau 

Citons quelques extraits du tra- 
vail de M. Beausoleil : 

Nous croyons avoir suffisamment établi 
que la création d'une forte industrie aurait 
pour effet d'augmenter la production et de 
nous rendre jusqu'à un certain point indé- 
pendants des peuples étrangers ; de four- 
nir un travail rémunérateur à une foule de 
Canadiens qui resteraient au pays au lieu 
d'émigrer, d'augmenter en conséquence la 
consommation et, en créant une forte de- 
mande pour tous les produits du sol et de 
la ferme, de leur donner plus de valeur. 

11 reste à répondre aux objections. 

lo. En imposant des droits élevés sur les 
articles de fabrication étrangère, disent les 
partisans du libre-échange, vous augmen- 
tez d'autant leur valeur. Dès que des ma- 



nufactures Seront établies", elles auront le 
monopole du marché et ne manqueront pas 
de maintenir les prix au point le plus élevé, 
n'ayant à redouter aucune concurrence ex- 
térieure. 

Ce raisonnement est vrai en partie et 
faux sous les autres rapports. 

Si, en parlant d'un tarif protecteur, il 
était question de frapper de droits élevés tous 
les articles de provenance étrangère, sans 
aucune distinction entre ceux que le Cana- 
da peut produire et ceux qui ne sont pos- 
sibles que sous d'autres climats, il est cer- 
tain que le prix de ces derniers augmente- 
rait de tout le montant du droit de doua- 
jUM r>« .itMit'.tj iwto un ;&j$4un un Vttftmi 

Mais personne ne songe à rien de pareil ; 
partout la distinction est rigoureusement 
maintenue. Et dans ce cas, les principes 
et les faits sont d'accord pour contredire 
les adversaires de la protection. 

Il n'y a qu'à considérer pour un moment 
les avantages de la protection indigène sur 
l'importation, pour s'en convaincre. 

L'acheteur de marchandises importées' 
doit réfléchir qu'il paie le fret, l'assurance, 
la commission, les frais de voyage et d'em- 
ballage, en outre du droit de douane. Ce- 
la forme certainement une proportion très 
élevée dans le prix des objets. 

La marchandise indigène n'est soumise 
à aucune de ces charges onéreuses, et quand 
bien même les frais de revient seraient plus 
élevés, la conpensation s'établirait toute 
seule. 

Cette supériorité naturelle est fortifiée 
par la concurrence, mère féconde du bon 
marché. 

Dès que l'industrie manufacturière de- 
vient profitable et assurée, les capitaux s'y 
engagent avec énergie sur tous les points 
d'un pays. Une émulation salutaire règne 
entre les fabricants, et c'est à qui donnerait 
le meilleur article au plus bas prix. 

Ceci n'est pas une théorie de fantaisie. 
Elle est appuyée sur des faits. 

Avant que les chaussures importées fus- 
sent frappées d'un droit de 15 p. 100 ad va- 
lorem, le marché canadien était sous le 
contrôle des fabricants américains, qui en 
étaient devenus les seuls fournisseurs. Avec- 
la protection, les choses changèrent de fa- 
ce. Des manufactures s'élevèrent rapide- 
ment à Montréal, à Québec et d'autres par- 
ties du pays. Aujourd'hui, l'importation 
est insignifiante, mais des milliers de fa- 
milles trouvent une occupation lucrative 



— 16 — 



et honorable, tandis qu'en aucun pays du 
monde on peut se chausser à si bas prix. 

Voilà des faits qu'un sophisme ne pour- 
ra détruire et qui démontrent clairement 
ce que vaut la protection. 

Ce n'est pas le seul avantage que le pays 
a retiré de cette taxe. L'industrie de la pré- 
paration du cuira pris des développements 
proportionnés à l'importance qu'obtenait 
la fabrication des chaussures. 

Des tanneries considérables ont été éri- 
gées. Elles donnent de l'ouvrage à de 
nombreux ouvriers, tandis que la nécessité 
de construire des usines, d'habiller, de nour- 
rir et d'abriter cette population, fournit du 
travail au maçon, au charpentier, au tail- 
leur, à l'ingénieur et augmente la demande 
des produits agricoles. (Réforme du tarif 
Canadien.) ,i .,<.,-.■> > > *nab t'A .otm iîuUui 
Voilà des choses que l'on regar- 
dait jadis comme si belles chez les 



rouges, qu'on a pris la peine d'en 
faire un livre. Aujourd'hui, M. 
Beausoleii ne parle plus de protec- 
tion, pas plus que M. David. Ils 
ont élé protégés eux mômes à raison, 
l'un, de $8,000, et l'autre de $2,000 
par année, et cela leur suffît. MM. 
Jette et Prévost ne prêchent pas 
non plus la protection de nos in- 
dustries, depuis qu'Us s'attendent 
l'un et l'autre à être protégés par 
des places de juges et des salaires 
de cinq mille piastres. Après ce- 
la, que l'industrie agricole et l'in- 
dustrie manufacturière s'arran- 
gent. " Quand le roi Auguste avait 
bu, ses courtisans disaient que la 
Pologne devait être ivre/' 



VIL— LA PROTECTION N'AUGMENTE PAS LES PRIX. 



C'est maintenant aux électeurs 
à décider si nous nedevonspas avoir 
la protection en passant sur 'le 
corps d'un gouvernement qui nous 
trahit de la sorte. 

Mais, dit-on, pour avoir la pro- 
tection, il faut élever les droits et 
en élevant les droits on forcera le 
peuple à payer plus cher. 

Entendons-nous bien. Peut on 
dire qu'on paie plus cher à une 
personne, quand cette personne 
n'exige que le même montant. Or 
le gouvernement veut avoir $12,- 
000,000 pour les douanes comme 
avant et rien de plus et chose re- 
marquable, ce qui crée l'avantage 
sur le système d'aujourd'hui, c'est 
qu'il collectera ce montant sur les 
gens riches, parceque ce sera les 
articles de luxe seulement qui se- 
ront importés. Les objets ordinai- 
res qui servent aujourd'hui à la 
masse du peuple seront imposés, 
c'est vrai ; mais ils sont taxés préci- 
sément pour qu'ils ne viennent pas 
dans le pays. Prenons le coton par 



exemple. Supposez qu'on le paie 
aujourd'hui 10 centins la verge.' 
On en fait venir de l'Angleterre et 
des Etats-Unis pour sept millions 
de piastres. Comme nous pouvons 
fabriquer ce coton dans le pays, 
nous imposons une nouvelle taxi 1 
de 15J par 100 c'est-à dire un cen- 
tin et demi par verge. Gela ne veut 
pas dire que les fabricants du Ca- 
nada le vendront 11J centins la 
verge. Aujourd'hui, ils sont écra- 
sés par les Américains et les An- 
glais qui lorsqu'ils ont un surplus 
d'articles, l'envoient en Canada. 
Quand les étrangers auront un 
centin et demi par verge à ajou- 
ter, ils ne pourront plus l'aire 
opposition à nos fabr.cants. Si 
nos fabricants canadiens com- 
mettaient la folie d'élever le prix 
de leur coton h 1 1 J ils perdraient 
du coup la protection qu'on leur 
donne puisqu'alors les étrangers 
pourraient revenir vendre leurs 
produits au même prix qu'eux. La 
protection est un mur qu'on ferait 



_ 17 — 



dans tin étang pour tenir une par- 
tie des eaux plus basse qu'une au- 
tre ; si par un moyen quelconque 
on faisait monter l'eau dans la par- 
tie basse, le mur ne servirait à rien 
du tout et les eaux finiraient par se 
rejoindre par dessus. 

Les fabricants canadiens seront 
donc obligés de tenir leur coton 
aux anciens prix et c'est tont ce 
qu'il leur faut. Ce n'est pas tant 
le prix qu'ils peuvent avoir qui les 
occupe que la quantité qu'ils peu- 
vent vendre. Quand ils sauront 
qu'ils peuvent fabriquer du coton 
pour sept millions de piastres de 
plus, ils prendront des mesures en 
conséquence, car on sait, que plus 
on fabrique un article en quantité, 
moins cet article coule cher. 

A-t-on remarqué une chose ? 
Qu.and vous achetez du coton amé- 
ricain, vous rendez-vous compte 
que vous payez, à part le coton mê- 
me, le transport qu'il a coûté, la 
douane, les assurances. Cela fait 
peut-être centinsque vous ajou- 
tez au prix réel du coton. Si vous 
payez le coton 10 centins, la manu- 
facture américaine, elle, ne l'a ven- 
du que 7J- centins ; le restant s'est 
perdu en frais. Mais puisqu'on peut 
fabriquer pour 7J centins le coton 
que vous payez Î0 centins, il y a 
donc une chance que les fabricants 
canadiens puissent aussi le fabri- 
quer au même prix. Qu'est-ce qui 
s'y oppose? Pour un long trajet 
comme de la Nouvelle (Méans à 
Montréal, il n'y a pas de ditf'é reli- 
re pour le fret d'une balle de co- 
ton avec les villes du Massachu- 
sett. Il est de fait que par le Mis- 
sissipi et les lacs ou par Chicago 
en chemin de 1er, Montréal est 
plus favorisé que les Etats de Ja 
Nouvelle-Angleterre. Nous pou- 
vons donc avoir le coton brut au 
3' 



même prix, la machinerie au mê- 
me prix, les bâtisses au même 
prix, la main-d'œuvre au même 
prix. Nous pouvons donc faire 
comme eux. Tout ce qu'il nous 
faut, c'est qu,iis ne nous écrasent 
pas pour partir., Commençons par 
les ôter de notre chemin. Alors 
nos fabriques prendront de ta for- 
ce. Nos ouvriers deviendront plus 
habiles ; et une fois ces fabriques 
aussi riches que celles des Etats- 
Unis, elles pourront fabriquer 
comme elle à 7^ centins. Et com- 
me il n'y aura pas dans leur cas de 
fret, d'assurance et de douane à 
payer, le prix de 7J- centins sera 
bien le prix du marché. La pro- 
tection aura fait la fortune du fa- 
bricant et épargné 2J-. par verge à 
l'acheteur. Voilà comment la pro- 
tection fait l'affaire des deux. Et la 
chose s'explique. Le fabricant et 
l'acheteur se divisent les triples 
profits que faisaient l'étranger, les 
douanes et les chemins de fer. 

Mais, dira-t-on, qui vous assure 
que le fabricant baissera ses prix 
comme vous le dites ? Qu'est-ce 
qui le forcera à en agir ainsi ? 
Nous répondrons : la concurrence. 
Il n'y a pas qu'une fabrique de co 
ton dans le pays, et quand il y au- 
ra sept millions de plus au jeu, il 
s'en élèvera bien d'autres. Quand 
a-t-on vu des établissements, dont 
tout le profit consiste dans le grand 
débit, se coaliser pour tenir les prix 
élevés ? La chose est impossible 
pour le commerce comme pour- 
toute autre chose. D ms les pro- 
fessions, dans la navigation, dans 
l'industrie, dans les affaires, si 
quelqu'un a l'ambition de vouloir 
réaliser au delà d'un légitime pro- 
fit, on voit immédiatement surgir 
une opposition, car tout le monde 
pourra construire des manufactu- 



— .18 - 



l'es. Si nos manufatures viennent 
assez fortes pour faire un bon pro- 
fit en vendant du coton à 7J cen- 
tins. elles le feront infailliblement 
par la force des choses. Nos asser- 
tions sont parfaitement justifiées 
par l'expérience. , 

Aux États-Unis, on commença à 
protéger les fabriques de coton«en 
1816, par un droit de 25 p. 100. 
Voici la marche des prix qui sui- 
virent : 

1816 30 centins la verge. 

1£ 1 9 • m • • • m - • * -2 V , ■ \\ " t ^ .' -, ' 

itiài. ...... ...... 13 ». »* n \P 

1829 n " 

1843 ê| « » 

En 1824, le Congrès protégea da- 
vantage les indiennes. Voici les 

23 centins la verge. 



prix qui suivirent 

1825 



.1830 
1835 
1840 
"1845. 
1850 
1855 







1G 
15 
12 
10 
9 
9 



Voici différents autres articles 
dont nous avons pu nous procurer 



les prix : 

Etablis Au prix Prix 

en , ae. . . en ... 
Drills 1828 lSAcfcs 1860 



De 

fil 



de laine . . 


1834 


40 






mi 


75 


! l&ÏOr.b ufQ 


Couvertures. 


1842 




mo 5.00 


Flanelles. . . 


1835 


. 20 j 




Fer 


1842 


$28 


imm $34 



En 1841 En 1843 
Pas de tarif (Protégé) 
Fer.arnéri<}aIi3L én barH -, (i J V - ■ / u , 
re par tonne $85 



TrSdegar. 

Acier 

Haches..*, 

Fontes 

Fer à repasser... 

Enclumes 

Clous. 

Sel p. sac 

Shirthing p. verge. . . 
Indiennes do 



... 



90 
115 

4 cts. 

1 'li t 
12i ots 

5 cts. 
1.90 " 7 " 

28 



$70 
81 

14 



3c. 

9c. 

.31 
1.00 

15c. 



Voici une comparaison avec les 
prix actuels : 

nipnooSnp navortr ttfl iflfrj» i jjfe 

Indiennes, la verge $1 l'2f| $1 08 

Delaines « 25 15 

Alpaca commun, verge... 70 30 

Alpaca, meilleure quali- 
té, la verge 1 00 45 

Alpaca, première qualité, 

la verge. .... 1 25 73 

Etoffe de laine, première 

qualité, la verge 1 50 1 20 

Châles, chacun 12 00 8 0<> 

Indienne commune, la 

vWge ...L y „ ..... j-k. . A i 1 , , $ï 

Coton imprimé, la lbs... 15 13 

Soie en bobine, 100 ver- 
ges, par doz 125 t 00 

Soie en échevaux, pa"r 

Gilet de laine tricoté... . 1 25 50 
Caleçons '« ' "' «' ' V.'; ' 'W\fà Xi '\ 50 

D'après la théorie libérale, que 
la protection augmente les prix, 
comment se fait-il alors que le fer 
soit à meilleur marché aux Etats- 
Unis qu'en Angleterre ; bien que 
dans le premier de ces pays le fer 
en gueuse soit frappé d'un impôt 
de ï>7, les rails de 1er de $14, et 
celles, d'acier de $25 ? Et les co 
tons ? Les Américains les frappent 
d'un droit de 40 p. 100, tandis que 
l'Angleterre les reeoit eu franchi- 
se, cependant les prix sont plus bas 
chez nos voisins qu'en Angleterre. 
Qu'on nous explique ces anoma- 
lie^ «j| :--.fj.; .Ui^mtiun méibt . 

La protection fait si peu hausser 
les prix que lorsque la France im- 
posa des droits pour encourager la 
manufacture du sucre, la conçut 
rence intérieure fit tomber les 
prix à 5 centiiib par livre. Avant 
cela, jamais le sucre -n'avait été 
vendu moins cher que 12 centins. 

Maintenant en supposant que la 
protection fit réellement élever les 
prix, il ne faudrait pas perdre de 
vue une grande vérité parfaite- 



— 19 — 



ment établie. Prenons toujours le 
coton comme point de comparai- 
son. Voici un ouvrier qui veut 
en acheter 8 verges. Il devra donc 
donner eu paiement une journée 
de son travail ; car l'ouvrier ne 
gagne pas maintenant en moyenne 
plus de 80 centins par joui-, ou 10 
heures à 8 centins de l'heure. Si 
nous avions la protection ; si les 
vingt millions que nous envoyons 
à l'étranger restaient dans le pays, 
comme ily'aà peu près 200,000 
chefs de famille ouvriers ou jour- 
naliers clans le oays, la chance de 
gagner pour chacun serait aug- 
mentée de $200 ou 60 centins par 
jour de plus. En sorte que propor- 
tion gardée l'ouvrier qui gagne au- 
jourd'hui 80 centins gagnerait 
SI. 40. Supposez que le coton va- 
lant aujourd'hui 10 centins aug- 
mente de toute l'augmentation du 
droit, c'esl-ù-dire qu'il se vende 
1 1 i centins. L'ouvrier qui en achè- 
tera. 8 verges ne paiera que y2 cen- 
tins, c'est-à-dire à peu près 6-.V de 
son temps. Même avec l'augmen- 
tation du prix du coton, il aura en- 
core gagné 48 centins sur sou 
achat. Tandis que le manufactu- 
rier sera plus riche du profit qu'il 
aura fait sur cette vente, le con- 
sommateur, c'est-à-dire l'ouvrier, 
sera ainsi plus riche de 48 centins. 
Vous pouvez faire le même calcul 
pour chaque classe de la société 
car tout s'enchaîne et s'entr'aide. 
Si le commerce va bien l'agricul- 
ture va bien et si le peuple gagne 
de l'argent le commerce va bien. 

Voici comment cette vérité est 
développée par un grand auteur 
sur ces matières, J. B. Say. 

" Il eu est de môme des récoltes faites /'ai- 
les arts et le commerce. Quand une bran- 
che d'industrie souffre, d'autres souffrent 
également. Une industrie qui fruertifie, en 
fait prospérer d'autres. 



" La première conséquence que l'on peut 
tirer de cette importante vérité, c'est que, 
dans tout Etat, plus les producteurs sont 
nombreux et les productions multipliées, et 
plus les débouchés sont faciles, variés et 
"Vastes. Dans les lieux qui produisent 
beaucoup se crée la substanoe avec laquel- 
le seide on nhcète : je veux dire la valeur. 
* 

u Chacun est intéressé à la prospérité de 
tous et la prospérité d'un genre d'industrie 
est favorable à la prospérité de tous les au- 
tres. En effet, quelle que soit l'industrie 
qu'on cultive, le talent qu'on exerce, on en 
trouve d'autant mieux l'emploi et l'on en 
tire un profit d'autant meilleur qu'on est 
plus entouré de gens qui gagnent eux- 
méines. Un homme de talent, que vous 
voyez tristement végéter dans un pays qui 
déclin^, trouverait mille emplois de ses fa- 
cultés dans un pays productif, où l'on pour- 
rait employer et payer sa capacité. 



" Telle est la source des profits que les 
gens des villes font sur les gens des cam- 
pagnes et que ceux-ci font sur les pre- 
miers. Les uns et les autres ont d'autant 
plus de quoi acheter qu'ils produisent da- 
vantage. Une ville entourée de campagnes 
productives y trouve de nombreux et riches 
acheteurs, et dans le voisinage d'une ville, 
manufacturière, les produits de la campa- 
gne se vendent mieux. C'est par une dis- 
tinction futile qu'on classe les nations, en 
natious agricoles, manufacturières ou com- 
merçantes. Si une nation réussit dans l'a- 
griculture, c'est une raison pour que son 
commerce et ses manufactures prospèrent. 
Si ses manufactures et son commerce de- 
viennent florissants, son agriculture s'en 
trouvera mieux. 



" Cela nous montre, dit-il plus loin, ce 
qu'il faudrait faire pour satisfaire beaucoup 
de nos producteurs qui se plaignent de la 
stagnation de nos produits. U faudrait que 
certaines parties de nos provinces, dont les 
habitants un peu sauvages se contentent 
de produits peu nombreux et imparfaits, de- 
vinssent plus civilisés. On fait avec appa- 
reils de grands traités de paix ou de com- 
merce pour assurer à nos producteurs de 
nouveaux débouches : eh ! qu'on civilise 
une province, et les débouchés s'ouvriront 
d'eux-mêmes (1). 



(1) J.-B. Say, Cours d'économie politique, 
vol. I, pages 341 et 'SoU. 



— 20 — 



VIII. — LES CULTIVATEURS ET LE LIBRE-ECHANGE. 



ta 



C'est aux cultivateurs surtout 
que s'adressent les journaux rou- 
ges pour les convertir aux 
beautés du libre-échange. Ils dé-f 
sespèrent de convertir l^s au- 
tres classes de la société. Ce sont 
les mômes hâbleurs qui leur 
disaient en 1872. que le pays se- 
rait cent fois plus prospère si les 
produits agricoles et les manufac- 
tures étaient protégés, car le nom- 
bre des consommateurs à l'aise de- 
viendrait plus- considérable et les 
cultivateurs vendraient leurs pro- 
duits plus cher, vu que la demande 
augmenterait. D'un autre côté, si 
les grains américains étaient frap- 
pés de droits à la frontière, le prix 
de l'orge, du seigle augmenterait, 
car les brasseurs canadiens ne se 
serviraient que de grains du pays ; 
l'avoine, les pois auraient plus de 
valeur ainsi que tous les autres 
produits de la ferme. 

Voilà ce que les rouges travail- 
lent à réfuter, cela môme qu'ils 
chantaient partout et sur tous les 
tons autrefois. Par malheur 
pour eux, ce qu'ils disaient en 
1872 a beaucoup plus de force au- 
jourd'hui que dans ce temps-là. Le 
cultivateur s'aperçoit que depuis 
que les manufactures ont jeté des 
centaines d'ouvriers sur le pa vé, les 
prix de tous les produits agricoles 
ont duninué. 

Que prouvent les faits en face 
de toutes les déclarations de 
ces gens qui ont changé de princi- 
pes pour obéir à M. MacKenzie ? 
Le cultivateur se voit obligé de 
vendre ses denrées moitié moins 
cher qu'autrefois ; il cherche la 
cause de cette diminution dans Iws 
prix, et la trouve dans les discours 

des parleurs rouges de 1872. Car 



enfin, ils ne peuvent nier ce que 
nous avançons là. Aussi le Natio 
nal se garde bien môme de faire 
allusion à la lettre de M. Joly, aux 
discours protectionnistes de MM. 
Laurier,Jetté. Prévost et Richard, 
aux écrits de MM. David, et Beau- 
soleil. 

Il existe à Ontario une immense 
association de cultivai eurs qui 
étend ses ramifications sur toute la 
province. Ces cultivateurs sont 
des gens instruits, éclairés et d'u- 
ne habileté reconnue. Us ont trou- 
vé, comme leur confrère de notre 
province, la cause du mal général, 
et dans une requête adressée au 
parlement en 1876, ils disaient ce 
qui suit : 

" Attendu que l'agriculture constitue un 
intérêt érainent du Canada et que la pros- 
périté de toute la classu de la société dé- 
pend des succès du cultivateur, il est dési- 
rable de passer des lois qui assurent ce 
succès. 

" Comme agriculteurs pratiques, nous 
ne pouvons voir qu'avec regret nos mar- 
chés inondés de produits américains libres 
de droits, tandis que les produits cana- 
diens sont lourdement taxés pour entrer 
aux Etats-Unis. 

" Vos requérants demandent respectueu- 
sement une protection qui nous assurera 
le marché national aux producteurs natio- 
naux, ou que les mêmes droits soient im- 
posés sur les produits agricoles importés 
des pays étrangers en Canada, que ceux 
qui sont imposés sur nos produits par ces 
mêmes pays." 

Ce n'est pas la seule requête des 
cultivateurs d'Ontario. Presque 
toutes leurs sociétés d'agriculture 
ont adressé des requêtes dans le 
même sens. Dans ce système de 
protection tout s'enchaîne et se 
soutient : la protection aux manu- 
factures protite surtout aux culti- 
vateurs, car elle donne aux ou- 
vrier! les moyens d'acheter, et La 



— 21 — 



moitié de ce qu'ils peuvent acheter 
vient de la campagne. Un auteur 
américain a admirablement expo- 
sé les bienfaits de la protection 
pour l'agriculture. Nous ne sau- 
rions résister au plaisir de le citer. 
En lisant cette page, les cultiva- 
teurs ne pourront s'empêcher de 
pentir la justesse dn raisonnement 
Celte page a été écrite dans le 
temps où les hommes clairvoyants 
des Etats-Unis faisaient une cam- 
pagne en faveur de la protection : 

" L'agriculture, dit M. Stewart de la 
Pensylvanie, est la grande base sur la- 
quelle tout repose. Lorsque l'agriculteur 
prospère, tout prospère ; lorsqu'il s'enfon- 
ce, tout le monde, les hommes de" profes- 
sion et les ouvriers descendent avec lui. 
Rendez-le prospère et tout le pays prospé- 
rera. Et comment rendre l'agriculture 
prospère, si ce n'est en ouvrant des mar- 
chés dans le pays ? Ce n'est pas pour les 
manufactures, mais pour les cultivateurs 
et les ouvriers que je demande la protec- 
tion. Le point important sur lequel je 
désire attirer l'attention des cultivateurs 
est celui-ci : C'est que plus de la moitié du 
prix de cent millions de marchandises impor- 
tées dans ce pays chaque année, vient du pro- 
duit de V agriculture des pays étrangers, qui 
nous est envoyé après avoir passé par leurs 
manufactures. 

" Cela peut paraître étrange, mais c'est 
strictement vrai. Je défie la contradiction 
et une enquête sur ce point. Que ceux qui 
veulent me contredire choisissent un arti- 
cle de manufacture étrangère, une verge de 
drap, un chapeau, un habit, une paire de 
bottes, tout, depuis une aiguille jusqu'à un 
ancre, qu'ils en examinent la matière et 
ils découvriront que les trois-quarts de sa 
valeur vient de l'agriculture. J'ai consta- 
té ce fait dans mes propres livres tenus, à 
un haut fourneau, que les trois-quarts du 
prix de chaque tonneau de fer vendu 
étaient payés aux cultivateurs du voisina- 
ge, pour leurs produits de la ferme, leur 
étoffe, leur viande, leur farine achetés pour 
vêtir et nourrir mes employés ; pour leur- 
foin, leur avoine, nécessaires à la nourritu- 
re des chevaux employés autour de mon 
établissement." 

u Ce système murait-il àl'agricul- 



culture ? Voyez les fonderies voi- 
sines de Mount-Forest, bâties il y 
a quelques années. La terre a été 
achetée à deux piastres de l'acre. 
Elle en vaut de vingt à cent. Il y 
a là de l'ouvrage pour quatre ou 
cinq mille hommes. Le prix élevé 
des fermes voisines montre ce que 
cela nous vaut de donner un mar- 
ché à l'agriculture. Les établis- 
sements manufacturiers multi- 
plient la valeur des fermes dans 
leur voisinage de dix, vingt, etcent 
fois, si ces fermes renferment des 
minéraux. Que l'on bâtisse encore 
trois ou quatre manufactures en 
cet endroit, et l'on y verra quatre 
fois le nombre actuel d'ouvriers et 
une demande de produits agricoles 
dans la même proportion. 

u Aucun intérêt américain ne profite 
autant de la protection que V agricul- 
ture. Pour en montrer l'effet sur 
l'argent aussi bien que sur l'agri- 
culture, supposez qu'un individu 
de la Virginie ait besoin d'un pale- 
tot, il s'adresse à un importateur 
anglais et lui paie $20. Mais moi, 
je veux aussi un paletot. Je vais 
chez le manufacturier américain et 
j'achète pour $20 de dras. Que 
fait le manufacturier de mon ar- 
gent ? Il le donne au cultivateur 
pour de la laine ; celui-ci le donne 
au forgeron, et celui-là au cordon- 
nier. Ces deux derniers le rendent 
au cultivateur en échange de pain 
et de viande, et c'est ainsi que mes 
$20 se répandent etcirculent. Vous 
pouvez les voir changer de mains 
vingt fois par jour. C'est ce quia 
rendu l'argent abondant. Mais 
que sont devenues les $20 données 
au marchand anglais? Elles sont 
disparues du pays. Elles sont al- 
lées enrichir les producteurs de 
laine, les cultivateurs, les cordon- 
niers de l'Europe. 



— 22 — 



" Pour conclure, cil on s un fait. 
En Angleterre, la terre, à cause de 
la proximité des manufactures, 
vaut $241 l'acre. Aux Etats-Unis, 
(avant l'établissement des manu- 
factures su* 1 une grande échelle), 
elle valait en moyenne $4 l'acre. " 
9un 9-*}.mnoin «atireiov Bonxïï»! ttd 



Nous livrons ce travail aux mé- 
ditations des cultivateurs, et nous 
sommes certain qu'ils en viendront 
aux mômes conclusions que leurs 
confrères des Etats-Unis et d'Onta- 
rio, s'ils n'y sont pas déjà arrivés. 



TX.— LA PROTECTION A SAUVE LES ETATS-UNIS. 



Les libéraux, incapables de rai- 
sonner, s'attachent tout simple- 
ment à un fait dont ils fausent la 
portée. De ce temps ci, le Natio- 
nal accumule des citations pour 
prouver que les Etats Unis sont en 
banqueroute. Le seraient-ils que 
cela ne prouverait rien contre 
protection. Qui sait s'ils ne se- 
raient pas cent fois pis avec le li- 
bre échange. 

Si les Etats-Unis traversent une 
crise terrible, il faut savoir où en 
fixer la cause. Ne percions jamais 
de vue le tableau suivant de la det- 
te des Etats-Unis : 

Anneé. Dette. Augmenta- Diminu- 
tion, tion. 

1S62 $ 514,211,372 

18M 2,7S3,425,879 $2,169,214,507 

1576 2,176,947,758 $606,478,121 

Si les Etats-Unis n'avaient pas 
eu cette dette fabuleuse àéteindre, 
ils se trouveraient aujourd'hui 
Tun des pays les plus riches, car 
voici le bilan de leur commerce : 

Import. Export, 

1872 % 572,510,304 $ 561,808,381 

1873»^.. m : > 6*fyQiJQ,539 >• 626,595,07 7 

1874 567,406,34? 586,283,040 

1875 533,004,526 545,069,027 

1876 400,040,190 525,582/247 

1877...... 451,307,549 589,669,490 

23,226,899,4,0 $3,435,007/262 

c y.-i u ^ j .j , , bo i ( i ■•) 1 i i d a WW» 89 SUW 

Surplus du numéraire 
amené aux E.-U.... $208,107,812 



Dans l'état normal, ce résultat 
serait magnifique et l'accumula- 
tion de capitaux se ferait aussi vite 
aux Etats-Unis qu'elle se produi- 
sait autrefois en Angleterre. Nous 
voyons ici le résultat de la protec- 
tion. Mais comme pendant à cela 
il y a un autre tableau que voici : 

Èxport. d'or 

des E-tJ 
$ 79,877,534 
84,608,574 
66,636,405 
92,132,142 
56.506.302 
43,135,738 



Import, d'or 
aux E-U 
1872...... $ 13.743,639 

1373 21,480,937 

1874.... 28,4 54,906 

1875 20.894,217 

MfWtftJhiiT .,li$|36;68l 
($77 ,14^77,^414 ( , 



Total 



$141/284,866 



£4 2 2,890,09!) 
141,284,866 



Balance contre les Etats-Unis.$28 1,605,829 

Ainsi non seulement les Etats- 
Unis ne touchent pas les £:?0S,nilU- 
000 qu'ils avaient droit d'avoir 
par le surpins de leurs exporta- 
tions ; mais ils sont encore obligés 
d'envover, en sus, la somme de 
828 1 ,605,1529 

Mais ce n'est pas tout. II y a 
| d'autres obligations que les Li.als- 
Unis ont contractées à l'étraniger 
en vue de capitaux qui devaient 
leur venir, mais qui ne sont pas 
venus. L'Angleterre les a gardes 
en guise d'intérêt duo sur anciens 
prêts. 

La liste des emprunts améri- 
cains en Angleterre de 1*7? à toî7 
est 'ongue. La voici : 



Arkansas 

Boston 

Fall River 

Massachusetts — ! 

New-York (ville) 

Providence (do) 

St. Louis (do) 

Etats- unis 

Washington (ville) 

CHEMINS DE FER 

Albany & Susquehanna — 

Allegany Valley 

Arkansas Central 

Atlantic* Great Western. 

Baltimore <fc Ohio 

Baltimore & Potomac 

Burlington A Minesota 

Central Pacific — 

Central Co. New Jer 

Chicago <fe Alton 

Chicago & North Western. 

Chicago & Taducap. 

Cleveland Colnmbus, Ené 

Illinois & St. Louis 

Illinois Central 

lowa Pacific. 

Mi 1 waukee & St. Paul 

Missouri, Kansas 

New-York & Canada 

Northern Central 

Northern Pacific 

Oregon & California 

Peusylvania R. R. Co 

Philadelphia & Reading 

Pittsburgn <t Connesville. . 
Pittsburgh, Fort Wayne. . . 

St. Louis tunnel 

South & North Alabama. . . 

Union Pacific 

Unjted New Jersey 



1872 > 

$ 500,000 
2,000,000 



(5,000,000 



4,000,000 



9,000,000 
1,000,000 
5,53>,000 
10,000,000 
7,500,000 
3/jOO,000 
2,200 ,000 

*1 ÏÏ3Z\ .1 



12,000,000 



4,000,000 



20,000,000 
10,850,000 



$101,450,000 



1873 

5,000,000 

619,000 



3,568,000 

2,000,000 

4,500,000 

576,000 
10,000,000 
2,0 J0 ,000 



5,000,000 
10,000,« 00 



5,500,000 
5,000',000 



53,763,000 



1874 



620,000 



3,811,000 



10,000,000 



2,.500,000 

2,500,000 

4,500,000 
2,700,000 

4,bi>V,000 
2,000,000 



1/00,000 
1,200,000 

14,256^000 



1875 



1,54'»,000 
7,800,000 
1,437,500 



49,087,000 



3,800,000 



13,000,000 



1,000,000 

io,boo',ooo 

1,000000 
3,000,000 



42,575,500 



1876 

1,300(000 
2,500',000 

1,000,000 



20,000.000 
6,500,000 



53,500,000 



Grand total, y compris moyenne pour 1817. 
Produit réel de ces débentures à G0 p. 100 . . 



$351,375 500 

$210,825,300 



Voici maintenant en d'autres ter- 
mes le tableau des paiements que 
dans l'espace de six années les E- 
tats-Unis ont été obligés de faire à 
l'Angleterre seulement pour régler 
les intérêts : 

Payé par surplus d'exporta- 
tion dont ils n'ont pas reti- 
ré le montant $208,107,812 

Do en or 281,G05,829 

Payé par produits d'em- 
prunts dont ils n'ont pas 

retiré les montants 210,895,300 



Total de paiements à l'é- 
tranger $700,538,941 



Cela donne une moyenne d'obli- 
gations en dehors de leur commer- 
ce de $116,756,490 par année pour 
payer l'intérêt ou l'amortissement 
sur les montants suivants : 

Dette fédérale $2,176,947,758 

Dette des Etats-Unis 352,867,000 

Dette des villes et comtés. 515,811,000 
Dette des chemins de fer... 2,750,000,000 
Autres entreprises 300,000,000 



Total portant intérêt.. ... $6, 135,625,758 

Les | placés à l'étranger.... $4,090,417,200 
Moyenne d'intérêt 3 p. 10. . $ 122,712,516 



Ce montant coïncide avec la 
moyenne de $116,000,000 que nous 
venons d'établir. 

Ce n'est pas tout. Si la nécessi- 
té de faire face à ces obligations 
extérieures épuise les Etats Unis, 
la balanoe des obligations intérieu- 
res que lui impose cette dette, d'au- 
tant plus improductive qu'au lieu 
de produire elle s'est<{gaspillée en 
poudre et dans un but de destruc- 
tion, est également onéreuse. 

L'état que nous venons de mon- 
trer d'un déficit de $116,000,000 
par année, ne représente que l'in- 
térêt à payer sur leurs obligations. 
Ils ont dû prendre ailleurs les $600- 
000,000 dont ils ont réduit le capi- 
tal en dix années. Pour arriver à 
ce résultat extraordin jire, ils ont 
dû multiplier les taxes de toutes 
sortes. Voici le tableau du revenu 
provenant de ces taxes : 

Taxes fédérales (moyenne) . . $350,000,000 

Taxes des Etats 70,000,000 

Taxes des villes 240,000,000 

$660,000,000 

Population 40,000,000 

Taxe par tête $16 56 

PRODUCTION DES ETATS-UNIS. 

Produits de l'agriculture. ... $2,449,538,000 

" de l'industrie 4,000,000,000 

des mines 152,000,000 

Total $6,599,538,000 

Taxation annuelle $660,000,000 

Par cent . 10 p. 100 

Gomme on le voit tout individu, 
avant de songer à retirer un sou 
du capital légitime qu'il a mis 
dans une affaire devra payer un 
bonus de 10 p. 100 aux différents 
coffres publics. Ne soyons pas sur- 
pris qu'un grand nombre faillis- 
sent à la taclie ; mais la protection 
n'a rien à faire avec cela. 



En résumé, les Etats Unis traver- 
sent une crise parcequ'ils ont sur- 
taxé le travail et la production dans 
le pays pour diminuer leur dette de 
$600,000,000 et qu'ils ont dans des 
circonstances étrangères à la pro- 
tection et en dehors des opérations 
de commerce contracté des obliga- 
tions qui à l'extérieur épuisent 
leur capital et à l'intérieur paraly- 
se leurs forces. Si la protection 
ne leur ramenait pas $34.000,000 
par année pour leur aider à payer 
les intérêts ils seraient d'autant 
plus en souffrance, et certainement 
sur le chemin de la banqueroute. 

Que l'on cesse donc de dire que 
la protection a tué les Etats-Unis, 
quand on sait qu'ils ont à payer 
les intérêts d'une dette de plus de 
deux milliards, contractée non pas 
pour des canaux, des chemins de 
fer et autres améliorations ; mais 
pour détruire ce qui existait déjà : 
vies, propriétés, marchandises, etc 

Maintenant, examinons plus en 
détail si la protection a été utile 
ou nuisible aux Etats-Unis. Nous 
n'avons qu'à répéter un anajy>e 
du dernier recensement, contenu 
dans un travail qui est entre tou- 
tes les mains. 

Si L'on veut établir une compa- 
raison entre les gages des ouvriers, 
le comfort et la prospérité générait' 
aux Etats-Unis et au Canada, il 
convient d'étudier certains faits. 

La colonisation du Canada a 
commencé en 1605 ; celle des Etats- 
Unis en 1607. La population des 
Etats-Unis est aujourd'hui de 40,- 
000,000 ; celle du Canada, de 4,- 
000,000. 

Depuis cinquante ans, le tarif 
améri:ain le plus bas a été de 20 
p. cent,, en général. Le nôtre a 
toujours été un tarif de revenu. 



En 1870, les Etats-Unis avaient 
$2,118,000,000 engagés dans les 
manufactures, produisant $4,232,- 
000,000 et pavant à 2,223,000 ou- 
vriers, cette année-là, $800,000,000, 
soit $317, eu moyenne, à chaque 
ouvrier. ' En Canada, avec notre 
système non - protecteur, nous 
avions, cette môme année, $77,- 
000,000 engagés dans les manufac- 
tures, produisant $221,000,000 et 
payant à 187,000 ouvriers, $40,000,- 
000, soit une moyenne de $217 oar 
ouvriers. Cette moyenne de salai- 
res est d'autant plus en faveur des 
Etats-Unis qu'ils emploient beau- 
coup plus de femmes et d'enfants 
que nous. 

Les Etats-Unis produisent $109 
par chaque habitant ; nous ne pro- 
duisons que $63. 

Comparons maintenant notre 
prospérité à celle d'un Etat qui a 
considérablement développé ses 
manufactures, le Massachusetts, 
qui importe tout son charbon, at- 
tendu qu'il n'en produit pas. La 
superficie de cet Etat est de 7,800 
milles carrés ; en 1870, sa popula- 
tion était de 1,457,000. La super- 
ficie d'Ontario est de 107,000 mil- 
les carrés, population, 1.620,000; 
la superficie de la province de 
Québec est de 193,000 milles car- 
rés; population, 1 ,.19 1,000; le sol 
est en moyenne, beaucoup meilleur 
que celui du Massachussetts. En 
1865, la proDriété taxée était de 
$991,000,000; en 1874, elle était 
de $1,862,000,000, soit une aug- 
mentation movenne annuelle de 
$103,000,000. 'Propriété exempte 
de taxes, $55,000,000. En 1874, la 
propriété cotisée du môme Etat, 
représentait $1,917,000,000, c'est-à- 
dire plus que la propriété cotisée 
dans tout le Canada. Avec le sys- 
tème de protection qui doit ruiner 



les Etats-Unis, prétendent quel- 
ques écrivains, il a été déposé dans 
les banques d'épargnes du Massa- 
chussetts, à la fin de 1865, $59,- 
000,000, représentant les écono- 
mies de la classe ouvrière ; à la fin 
de 1874, ce montant s'était élevé à 
$217,000,000 ; en 1877, à $244,000,- 
000 ; soit une augmentation moyen- 
ne annuelle de $ 1 4,000,000. Avec 
notre système non-protecteur, il a 
été déposé dans les banques d'épar- 
gnes de la poste, au Canada, jus- 
qu'au mois de juin 1874, seule- 
ment $7,210,000 ; jusqu'en juin 

1875, $7,171,000 ; jusqu'en juin 

1876, $7,044,000. soit une diminu- 
tion de $166,000 contre une aug- 
mentation au Massachussetts (pen- 
dant ces deux années,) de $25,000,- 
000. En 1876, trois ans après la 
panique de 1873, les dépôts aux 
caisses d'économie avaient dimi- 
nué de $166,000, et en ^74, de 
$127,000 ; tandis qu'en 1877, il n'y 
avait pas eu de diminution au 
Massachussetts, mais une augmen- 
tation de $42,000. En 1876, les 
banques d'épargne de la poste, 
dans Ontario, avaient reçu $5,604,- 
000 et payé $6,006,000. En résu- 
mé nous avons eu $13,000,000 de 
dépôts qui diminuent et la Massa- 
chussetts $240,000,000 qui augmen- 
tent rapidement. Av< c une popu- 
lation deux fois moins nombreuse 
que la nôtre, ils économisent deux 
fois plus. 

Le lecteur observera combien 
ces faits corroborent nos premières 
assertions. En 1877, plus de 2,500,- 
000 ouvriers des Etats-Unis avaient 
déposé, dans les banques d'épar- 
gnes, $1,377,000,000. 

Avec la protection, les 80,000 
milles de chemins de fer des Etats- 
Unis ont produit un dividende de 
3 cts. 4 milis. par cent sur le capi- 



— 26 — 



tal social et les emprunts. Les di- 
videndes de 1876 dépassaient de 
83,500,000 ceux de 1872 et de $11,- 
500,000 ceux de 1871. Avec notre 
système, aucun chemin de fer ca- 
nadien n'a jamais payé de divi- 
dende ni aux actionnaires, ni aux 
municipalités. Les Etats-Unis ont 
diminué leur dette publique de 
$60,000,000 par année, en moyen- 
ne, depuis la guerre civile ; la nô- 
tre n'a pas diminué, mais beau- 
coup augmenté. 

Comparons .maintenant les opé- 
rations commerciales des deux 
pays. En 1877, les commerçants 
des Etats Unis étaient au nombre 
de 652,000 et ceux du Canada 
comptaient 50,000, soit, pour les 
deux pays, un commerçant par 
soixante dix personnes. En 1877, 
les faillites aux Etats Unis, ont été 
au nombre de 8,872, soit une par 
73 commerçants ; au Canada, elles 
ont été, la même année, au nom- 
bre de 1,892, soit une par 30 com- 
merçants. Cette moyenne exisî-e 
depuis cinq ans. Les pertes prove- 
nant des faillites eut été beaucoup 
moindres aux Etats-Unis que chez 
nous. Le lecteur voudra bien ju- 
ger maintenant sl la prospérité cl- s 



Etats-Unis n'est pas due à leur in- 
variable détermination de ne rien 
importer de ce qu'ils peuvent pro- 
duire ou fabriquer. 

Un dernier mot pour prouver 
que la protection est loin de nuire 
â l'agriculture. Les états de la 
Nouvelle-Angleterre sont tous ma- 
nufacturiers ; ceux de l'Ouest sont 
agricoles. Eh ! bien, l'agriculture 
au milieu des états manufactu- 
riés, quoique le sol soit de très 
mauvaise qualité, paie autant que 
dans les états agricoles, où le ter- 
rain est d'une fortilité incompara- 
ble. En voici la preuve prise du 
dernier recensement : 

Popul. p S 3o 

agricole Valeur eo 2 2 

Audes- des terres Revenu St. 8^, 
sus de 10 net. o S © es 

ans. « * g * 

Etats 
de la 

Non- . nn'h mIÎ^O lî AlMftdëûlC 

veille 

Angle ') iiiol'iV-u» jfffJfnfHui.vMMfc'.u 
terre.. 314,810 $709,942,139 $837,298,254 $423 17 
Etats 

de iKi'hjab 110* 'UOJ ttfTOOlÙI HJ I 
l'Ouest 2,032,821 5,132,815,399 133,532,782 $430 17 

En Canada l'agriculture ne don- 
ne pas $250 par tète et ne paie pas 
10 p. 100. 

Au lecteur de tirer les conclu- 
sions. 



X. — LA PROTECTION NE SAURAIT NUIRE A 
NOIRE MARINE MARCHAND!:. 



Mais, dit-on, si nous avons la 
protection, si nous réduisons les 
importations, nous allons tuer no- 
tre navigation. Le terrible argu- 
ment! Quel intérêt a von s- 110 us 
dans la navigation océanique ? 
Voulez- vous savoir ce que c'est 
que notre navigation océanique ? 
Ouvrez le Rapport, du commerce et 
de la navigation à la page 864, an- 
née 1877. Voici le tableau des ar- 
livages par voies océaniques : 



Nationalités. Tonnes de fret. 
Anglais 348.476 



Canadien. 



Etranger 1 18^358 

; /m ' Àiq 737,579 

Nos navires canadiens ont donc 
amené 270,745 tonnes. La moitié 
des intéressés clans ces navires ca- 
nadiens sont des anglais demeurant 
en Angleterre, en sorte que les Ca- 
nadiens proprement dit ne repré- 



270,745 



— 27 — 



sentent réellement que 135,000 
tonnes de fret. 

Nous avons importé pour $99,- 
000,000. Le fret coûte à peu près 
10 p. 100 de la valeur d'une cargai- 
son. Nous avons donc payé $9,- 
900,000 de fret. Comme nous 
comptons que pour une petite part 



dans les navires, notre proportion 
se trouve être de $1,840,000. Nous 
payons donc aux étrangers la jolie 
somme de $8,100,000 pour nous 
faire rjuiner. 

Quel intérêt avons-nous à proté- 
ger cette navigation ? 



XIII —ARTICLES QUE LE CANADA IMPORTE ET QUTL POUR- 
RAIT PRODUIRE OU FABRIQUER. 



Chacun sait que le Canada offre 
des avantages considérables, à l'é- 
tablissement des manufactures. 
Dans les provinces maritimes, il 
possède des mines de houilles bi- 
tumineuses, — précisément celles 
qu'il faut Dour les manufactures, 
— qui suffiraient à approvisionner 
le monde entier pendant des siè- 
cles ; il possède encore un bassin 
houiller à la Colombie et un autre 
plus considérable dans la région de 
la Saskatchewan. On y trouve aussi 
des.gîsementsd'argent,de cuivre, de 
fer et de plomb supérieurs, sous 
bien des rapports, à des mines re- 
nommées d'autres pays. Ses im- 
menses voies de communications 
par eaux, rendent excessivement 
faciles, le transport du charbon. 
Ses pouvoirs d'eau sont sans nom- 
bre et n'ont pas de pareils en aucun 
pays. Sa population a toutes les 
aptitudes et les dispositions néces- 
saires pour travailler aux manu- 
factures. La preuve en est que des 
milliers de Canadiens émigrent 
chaque année aux Etats-Unis, pour 
se livrer à ce genre de travail. De 
plus, si Ton en juge par la quanti- 
té d articles qne nous importons, 
le Canada offre un marché consi- 
dérable et précieux pour les manu- 
factures. Par exemple, depuis quel- 
ques années, nous importons, en 
moyenne, pour seize millions de 



piastres de fer tous les ans. Or, no- 
tre minerai de fer, est peut-être 
le meilleur au monde. La Pennsyl- 
vanie nous en achète des comman- 
des considérables, bien que cet 
état lui-même, possède beaucoup 
de mines de fer, mais qui ne sont 
pas aussi bonnes que les nôtres. A 
l'exposition de Philadelphie, les 
Suédois ont admis que notre fer 
était meilleur que le leur. Or voici 
ce qui arrive : Nous vendons notre 
miriérai aux Américains qui nous 
le renvoient en ferronnerie, que 
nous leur achetons à des prix éle- 
vés. L'auteur de ces lignes est as- 
sez famillier avec l'outillage des 
différentes exportations agricoles, 
et il peut garantir que si l'on em- 
ployait du fer canadien, au lieu de 
fer américain, dans la fabrication 
des instruments aratoires ils dure- 
raient certainement un tiers de 
plus. Le fer américain à chaudiè- 
re, d'après une expertise, faite à 
Toronto, est meilleur que le ferré- 
nommé de Lowmoor. Les lisses de 
Pennsylvanie, d'après des lettres, 
en la possession de l'auteur, sont 
meilleurs, prix pour prix, que les 
lisses anglaises. Mais un fait qui 
doit surtout intéresser les cana- 
diens, c'est qu'il y a dans notre 
pays des gisements de fer, couvrant 
des milliers de milles carrés, dont 
le minerai est supérieur à celui de 



— 28 — 



tout autre days et qui ne sont pas 
encore exploités. En fait de quin- 
caillerie, coutellerie, outils, clous, 
fonte, poêles, machines, haches, 
matériel de chemin de fer, chau 
dières, acier,etc, le Canada a im- 
porté de 1873 à 1876, pour un mon- 
tant annuel de seize millions de 
piastres. Or ce sont tous là, des ar- 
ticles que nous pourrions fabri- 
quer. Il y a plus, la majeure partie 
de ces articles, est faite avec notre 
minerai que nous vendons aux 
Américains, $2 la tonne et qu'ils 
nou srevendent, une fois fabriqué, 
aux taux moyen d'un peu plus de 
$2000, à la grande allégresse de 
leurs rusés agents, qui se moquent 
ouvertement de nous, parce que 
nous ne nous ne savons pas profi- 
ter de nos ressources. 

Depuis quelques années, nous 
importons, dix millions par an, 
d'articles de coton, et pour douze 
millions de lainage et autres tis- 
sus, qui formeraient une liste in- 
terminable et que nous pourrions 
fabriquer nous-mêmes, avec le co- 
ton et la laine. Or, avec un bon ta- 
rif, nous pourrions nous procurer 
le coton au môme prix qu'en An- 
gleterre et nous avons un vaste 
champ pour l'élevage des meil- 
leures races de moutons, qui nous 
donneraient la laine. Il ne nous 
resterait plus à importer que la 
quantité de laine étrangère, qu'il 
faudrait mêler avec la nôtre, pour 
fabriquer de bons tissus, ce systè- 
me de mélanges étant reconnu et 



adopté par les manufacturiers an- 
glais et d'autres pays. En fait de 
toiles, soies, velours, nous impor- 
tons pour quatre millions par an- 
née ; pour un million de verrerie ; 
pour un million d'habillements 
confectionnés ; pour un million 
d'articles de cuir; pour un demi- 
million de fourrures manufactu- 
rées ; pour trois quarts de million 
de papier et de tapisserie ; pour un 
demi-million de mercerie ; pour un 
million de chanvre et de cordage ; 
pour un million de chapellerie ; 
pour deux millions d'articles de 
fantaisie, montres, horloges, etc., 
pour un demi-million de voitures ; 
pour 3inq millions de sucre,plus un 
nombre immense d'autres articles 
'qu'il serait trop long d'énumérer. 
Or, il est reconnu de tous que nous 
pourrions, comme les Etats-Unis, 
fabriquer une grande partie de ces 
articles. Il faut dire pourtant, que 
l'année dernière, le chiffre de ces 
importations a diminué. M. Cartw- 
right, qui n'a jamais étudié l'his- 
toire du commerce s'est figuré, er 
reur énorme, que plus le tarif se- 
rait bas, plus on importerait. Mais 
c'est jusiement le contraire quia 
lieu ; plus le tarif est bas, plus 
l'argent se fait rare dans le pays et 
moins on achète. Si l'on nous im- 
pose encore pendant cinq ans, les 
belles théories du libre-échange, le 
Canada ne pourra plus rien ache- 
ter au dehors et les déficits de M. 
Oartvvright, prendront, d'année en 
année, des proportions monumen- 
tales. 



o-